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LE MARÉCHAL VAUBAN

Illustration issue de l'Almanach Historique et Statistique de l'Yonne -édition de l'année 1874- 
( Reproduction d'une illustration extraite du journal L’Yonne du 28 octobre 1873 )

 

SA NAISSANCE. SA FAMILLE.

Sébastien Le Prestre de Vauban naquit à Saint-Léger-de-Fourcheret, arrondissement d'Avallon (Yonne), le 15 mai de l'an 1633. Sa famille, du nom de Le Prestre était d’origine nivernaise, et possédait dans la paroisse de Bazoches, en Morvan nivernais, la petite seigneurie de Vauban, dont elle avait pris le nom. Voici, tel qu'il existe sur les registres de la commune, le texte de l'acte de baptême de ce grand homme :

« Le quinzième mai mil six cent trente trois, a esté baptisé Sébastien, fils d'Albin Le Prestre escuyer, et de dame Edmée Corminolt. Le parrain a été maistre Sébastien Clavin, prestre, curé de Cordois; la marraine Judith d'Ehain ; en présence de Georges Bierry. Signé : Clavin, Bierry et Orillard, curé. »

Le père de Vauban, qui n'était qu'un cadet, s’était ruiné dans le service, où il avait laissé le peu de fortune qu'il avait: et la situation très modeste de sa femme n'était pas de nature à modifier cet état de choses. Il y a quelques années, la maison qui vit naître Sébastien Le Prestre était encore à peu près telle qu’elle fût au XVIIe siècle. Elle est aujourd’hui transformée en grange par de regrettables travaux de maçonnerie qui lui ont enlevé tout caractère d'ancienneté. Elle fait face à une petite cour, et se trouve vers l'extrémité de la rue que suit le chemin de Quarré-les-Tombes.. Tel est le berceau de celui qui, plus tard, aimait à se dire le plus pauvre gentilhomme de France. On comprend que, dans de pareilles conditions, l'instruction qu'il reçut fut loin d'être brillante. Elle se borna à quelques notions d'arithmétique, de géométrie, ou plutôt d arpentage. Et c'est avec ce léger bagage, que le jeune Sébastien, ayant atteint sa dix-septième année, et obéissant à je ne sais quelle impulsion secrète et impérieuse, quitta un beau matin sa famille et son pays, traversa à pied une partie de la France et alla prendre du service dans le régiment de Condé qui se trouvait en ce moment sur la frontière des Pays  Bas.

 

CAMPAGNES ET TRAVAUX MILITAIRES

 

On était, à cette époque, au beau milieu des troubles de la Fronde. Le prince de Condé, déjà chef d'une faction puissante, négociait, avec l'Espagne, cette fameuse alliance, qui devait en faire, pour la couronne de France, un rebelle si redoutable. C'est dans ce parti que Vauban fit ses premières armes. Il se distingua fort dans l'exécution des fortifications de Clermont en Argonne, et, dès lors, sentit se révéler en lui ces immenses talents, qui devaient en faire un jour le plus célèbre ingénieur que les armées françaises aient produit jusqu'à présent, et que les étrangers nous envient encore, sans avoir pu l'égaler. Dans cette même année (1652), il prit une part active au  de Sainte-Menehould et s'y distingua par une action d’éclat, en passant une rivière à la nage, sous le feu de  l'ennemi. C'est de ce jour que commence, pour Vauban, cette célébrité qui ne fit que grandir sans cesse, pendant sa vie, comme après sa mort, et a fait, de son nom, l'un des plus glorieux des annales militaires.

L'année suivante, en 1653, après avoir brillamment servi, et reçu sa première blessure, dans la campagne qui s'était engagée, il tomba dans une embuscade de l’armée royale, et fut fait prisonnier. Voici en quels termes, un historien fort estimé, M. Camille Rousset rend compte de cet incident, qui, en même temps qu'il montra toute la fière énergie de cette âme d'élite, prouva en quelle haute estime le jeune volontaire de la Fronde était tenu par ses adversaires

« Un jour que Vauban était parti avec trois de ses camarades, ils tombèrent inopinément dans une patrouille de l'armée royale. Ses camarades déjà pris et lui tout prêt de l'être il trouva moyen de se jeter dans un chemin creux, et quand les royaux qui le poursuivaient s'y furent engagés à la file, tout à coup il tourna la tête, les arrêta court, et, tenant en joue leur chef, qui était un lieutenant du régiment de Sainte-Maure, il fit sa capitulation, à savoir qu'il ne serait ni maltraité, ni dépouillé, ni même démonté, de sorte qu'il entra dans le camp royal à cheval, en complet équipage et avec tous les honneurs de là guerre.

L’aventure fit du bruit ; on sut bientôt que le cavalier si avisé n'était autre que le hardi nageur de Saïnte-Menehould. Spirituel et brave, un soldat a deux fois sa réputation faite …»

Mandé par Mazarin, auprès de qui sa réputation était déjà parvenue, Vauban eut avec le cardinal un long entretien, à la suite duquel il fut engagé au service du roi, et envoyé, sous les ordres du plus célèbre ingénieur du temps, le chevalier de Clerville, au second  de Sainte-Menehould, qui fut reprise par les troupes royales, et dont Vauban fut chargé de faire réparer les fortifications.

Les travaux qu'il exécuta, à cette époque, le mirent d'emblée au premier rang des ingénieurs militaires. Dans les années suivantes, il dirigea les s de Stenay, Clermont, Landrecy, Condé, Saint-Guillain et Valenciennes. Dangereusement blessé, devant cette dernière ville, et à Stenay, il n'en continua pas moins de servir et, peu de temps après, il recevait, au  de Montmédy, trois blessures qui mirent ses jours en danger. «  Comme la gazette en parla, dit Fontenelle dans son Eloge de Vauban, on apprit dans son pays ce qu'il était devenu ; car, depuis six ans, qu'il en était parti, il n'y était point retourné et n'avait écrit à personne, et ce fut là la seule manière dont il donna de ses nouvelles. »

Ces brillants succès, qui furent accueillis dans toute la France par un sentiment de surprise et d'admiration, valurent à Vauban le commandement en chef dans les attaques des places de Graveline, d'Ypres, et d'Oudenarde. Il fut occupé, après la paix des Pyrénées, à démolir ou à construire des places, puis, dans la guerre de 1667, il eut la conduite de tous les sièges, que le roi fit en personne, reçut, au  de Donav, un coup de mousquet à la joue, dont il porta toujours la marque glorieuse, que l'habile sculpteur à qui l'on doit la statue de Vauban, à Avallon, a voulu reproduire dans le bronze. En 1668, nous trouvons Vauban occupé à fortifier les places de la Franche Comté, de Flandre et d'Artois. Il est nommé gouverneur de la citadelle de Lille qu'il venait de construire; puis emploie les courts loisirs que lui laisse le traité de paix d' Aix-la-Chapelle, à achever les fortifications de Flandre, d'Artois, de Provence, de Roussillon et va même jusqu'en Piémont, avec Louvois, pour donner au duc de Savoie des plans et des dessins pour Verue, Verceil et Turin.

Survint la guerre de 1672. Elle ne fut pour Vauban qu'une suite d’actions d'éclat, ou de triomphes dus à son incomparable science d'ingénieur. Le plus célèbre de tous les s qu'il dirigea est incontestablement celui de Maëstricht, en 1673. Ce fut là, dit Fontenelle, qu'il commença à se servir d'une Méthode singulière pour l'attaque des places, qu’il avait imaginée par une longue suite de réflexions et qu'il a depuis toujours pratiquée. Il fit changer de face à cette partie si importante de la guerre. Les fameuses parallèles et les places d'armes parurent au jour. Depuis ce temps, il a toujours inventé sur ce sujet, tantôt les cavaliers de tranchée, tantôt les batteries à ricochet, et il avait porté son art à une telle perfection que, le plus souvent, ce qu'on n'aurait jamais osé espérer devant les places les mieux défendues, il ne perdait pas plus de monde que les assiégés.

« C'était là, ajoute l'auteur que nous venons de citer, c’était là son but principal, la conservation des hommes. Non seulement l'intérêt de la guerre, mais son humanité naturelle les lui rendait chers. Il leur sacrifiait toujours l'éclat d'une conquête plus prompte, et une gloire assez capable de séduire ; et, ce qui est encore plus difficile, quelquefois, il résistait en leur faveur à l'impatience des généraux, et s'exposait aux redoutables discours du courtisan oisif. »

  On ne saurait faire un plus grand éloge de celui qui a été un homme de guerre illustre entre tous. Et ces témoignages de l'histoire donneront toujours à la grandeur de Vauban, un caractère et une élévation tels, que si l'on peut dire que si elle n'a pas encore été atteinte, elle ne sera certainement jamais dépassée.

 Pendant la durée de la paix de Nimègue, Vauban fit le fameux port de Dunkerque, qui est considéré comme son chef d’œuvre, fortifia Strasbourg et Casai, et accomplit d'immenses travaux pour la navigation intérieure.

En 1688, la guerre s'étant rallumée, il fait les sièges de Philisbourg, de Manheim et de Frankendal, prend la place de Mons, en 1691, et l'année suivante devant Namur, conduit le siége de telle sorte, dit un historien du temps, « qu'il prit la place en trente jours de tranchée ouverte, et n'y perdit que 800 hommes, quoiqu'il s'y fut fait cinq actions de vigueur très  considérables ».

Comment suivre, dans les quelques lignes d'une notice biographique, cette existence si remplie, dont chaque jour se compte, pour ainsi dire, par une page glorieuse dans l'histoire ? Mentionnons encore le siége de Charleroy en 1693, la défense de la Basse-Bretagne en 1694 et 1695, le  d'Ath, en 1697, et enfin, le dernier  qu'il conduisit, en 1703, celui du Vieux Brissach, place considérable, qui fut réduite à capituler au bout de treize jours et demi de tranchée ouverte, et qui ne coûta pas 300 hommes.

C'est dans le cours de cette même année que Vauban avait été élevé, contre son gré, à la dignité de maréchal de France. « Ce titre, dit Fontenelle, produisit les inconvénients qu'il avait prévus. Il demeura deux ans inutile, ne pouvant être employé avec des généraux du même rang, et faisant naître des embarras contraires au bien du service. Je l'ai souvent entendu s'en plaindre; il protestait que pour l'intérêt de l'Etat, il aurait foulé aux pieds la dignité avec joie.

En ce qui touche les travaux militaires de Vauban, il nous reste à parier de ses écrits sur l'art de la guerre et des fortifications. L’œuvre qu'il a laissée est immense, admirable ; c’est une création complète en ce qui concerne les travaux d'art, l'attaque et la défense des places fortes, la discipline militaire, les campements, etc... Nous n'avons ni la compétence, ni la place nécessaire pour analyser et nous étendre davantage sur ces travaux, qui, par leur méthode et leur clarté, séduisent et attachent les esprits même les plus étrangers à cette science. Qu'il nous soit permis cependant d'insister quelque peu sur un Mémoire présenté au roi par Vauban, mémoire auquel nos derniers désastres ne donnent que malheureusement trop d'actualité.

Il est intitulé : « L’importance dont Paris est à la France  et le soin que l'on doit prendre de sa conservation. »

Vauban demande que l'on fortifie Paris, par l'exécution de travaux de défense et d'approvisionnements, tels que cette ville devienne imprenable en cas d'invasion. « Paris capitale de la France, dit-il est le vrai cœur du royaume, la mère commune des Français, et l'abrégé de la France, par qui tous les peuples de ce grand Etat subsistent, et de qui le royaume ne saurait se passer sans déchoir considérablement de sa grandeur. »

Ne dirait-on  pas que ces lignes ont été écrites de nos jours, pour servir de leçon à certains gens ? Mais continuons :

« On ne saurait, ajoute-t-il, avoir trop d'égards pour Paris, ni trop prendre de précautions pour le conserver, d'autant plus que si l’ennemi avait forcé nos frontières, battu et dissipé nos armées, et enfin pénétré le dedans du royaume ce qui est très difficile, je l'avoue, mais non pas impossible, il ne faut pas douter qu'il ne fît tous ses efforts pour se rendre maître de cette capitale, ou du moins la ruiner de fond en comble. L'usage des bombes s'est rendu si familier et si terrible dans ces derniers temps, que l’on peut le considérer comme un moyen très sûr pour la réduire à tout ce que l'ennemi voudra avec une armée assez médiocre, toutes les fois qu'il ne sera question que de se mettre à portée de la bombarder. Or, il est très visible que ce malheur serait l'un des plus grands qui peut jamais arriver à ce royaume, et que, quelque-chose que l'on fût faire pour le rétablir, il ne s'en relèverait de longtemps et peut-être jamais.

J'avoue que le zèle de la patrie et le bien de l'Etat m’y a fait souvent songer. »

 N’y a-t-il pas dans ces lignes écrites, il y a plus de deux siècles et demi, et que l'on dirait d'hier, dans ces lignes qu'on ne peut lire aujourd'hui sans une poignante émotion, n'y a-t-il pas là comme une intuition de l'avenir, comme de secrets pressentiments, qui seuls peuvent expliquer, au milieu des grandeurs et des triomphes, les tristesses et les anxiétés qui tourmentaient l'âme du grand patriote?

En même- temps qu'il trace les plans destinés à pourvoir à la sûreté de la grande ville, à la garnir de munitions de guerre et de magasins de poudre, Vauban songe à la création de cases et magasins à blé. Pour lui, l'utilité de ces établissements ne se fait pas sentir seulement pour les temps de guerre; elle existe aussi et surtout, pour les temps de paix. Ici, comme dans toutes les œuvres de Vauban, nous retrouvons la marque de sa constante sollicitude pour les pauvres. L'auteur de la Dîme royale et de tant de projets de réforme, inspirés par un profond amour du peuple, se révèle tout entier dans ces quelques ligues :

Ces précautions (emmagasinage de blé, de légumes et d avoine) seraient d'autant plus utiles que, dans les chères années, le peuple à qui l'on pourrait vendre de ces grains à un prix modique s'en trouverait soulagé, et qu'aux environs de Paris, à quarante lieues à la ronde, et le long des rivières navigables, les blés s'y vendraient toujours à un prix raisonnable, dans le temps que la grande abondance les fait donner à vil prix, à cause des remplacements à faire dans les magasins ; ainsi les fermiers seraient mieux en état de payer leurs maîtres qui perdraient moins sur leurs fermes, et le pauvre peuple se trouverait soulagé dans ses misères. »

Cette pensée si touchante, qui vient d'une façon si simple et si spontanée sous la plume de l'homme de guerre, dans le cours même d'un travail où il semblerait devoir être complètement absorbé par un ordre d'idées bien différent, cette pensée nous sert de transition toute naturelle pour passer de Vauban, grand général et grand ingénieur à Vauban, grand économiste et grand réformateur.

 

PROJETS DE REFORMES.
 - VAUBAN, ÉCONOMISTE. -
 LA DIME ROYALE.

 

Avant de parler des ouvrages si étonnants et si considérables, qui ont valu à Vauban d'être, nommé le précurseur des idées modernes, le premier des économistes français et le plus honnête homme du royaume, il est bon de donner en quelques mots, et par de simples et courtes citations, une idée de ce qu’était la France sous le règne si vanté de celui qu'on a appelé le grand roi.

Voici une ordonnance, en date du 24 mai, qui suffit à établir comment le souverain tout puissant entendait l'exercice de la liberté de la pensée et de la liberté religieuse.

« Louis, etc .....

« Ordonnons, voulons et nous plait que, si aucun de nos sujets de l'un ou de l'autre sexe qui auront fait abjuration, et qui, venant à tomber malades, refuseront de recevoir les sacrements de l'Eglise, leur procès leur sera fait et parfait, et, en cas qu'ils recouvrent la santé, les hommes condamnés aux galères avec confiscation de biens, et les femmes et filles à l'amende honorable avec confiscation, et à être enfermées. Et en cas qu'ils en décèdent, que le procès sera fait aux cadavres et leurs biens confisqués.

« Car tel est notre plaisir.      «             LOUIS. »

Il n'y a pas, croyons-nous, de commentaires à ajouter. Passons à un autre ordre d’idées, et voyons dans quel état vivait, ou plutôt mourait tous les jours, le peuple qui avait le bonheur d'être gouverné par le grand roi.

Voici d'abord ce que Vauban lui-même écrivait en l'an de grâce 1698 :

« La vie errante que je mène depuis quarante ans et plus m’ayant donné occasion de voir plusieurs fois et plusieurs façons la plus grande partie des provinces de ce royaume.... j’ai souvent eu occasion de donner carrière à mes réflexions et de remarquer le bon et le mauvais des pays...

... Il est certain que le mal est poussé à l'excès, et que, si on n'y remédie, le peuple tombera dans une extrémité dont il ne se relèvera jamais, les grands chemins de la campagne et les rues des villes et des bourgs étant pleines de mendiants que la faim et la nudité chassent de chez eux.

« Par toutes les recherches que j'ai pu faire depuis plusieurs années que je m'y applique, j’ai fort bien remarqué que, dans ces derniers temps, près de la dixième partie du peuple est réduite à la mendicité, et mendie effectivement ; que, des neuf autres parties, Il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l'aumône à celle-là parce qu'eux-mêmes sont réduits, à très peu de chose près, à cette malheureuse condition; que des quatre autres parties qui restent, les trois autres sont fort malaisées et embarrassées de dettes et de procès ; et que, dans la dixième, où je mets tous les gens d'épée, de robes, ecclésiastiques et laïques, toute la noblesse haute, la noblesse distinguée et les gens en charge militaire et civile, les bons marchands, les bourgeois rentés et les plus accommodés, on ne peut pas compter sur cent mille familles et je ne croirais pas mentir quand je dirais qu’il n’y en a pas dix mille, petites ou grandes, qu'on puisse dire fort à leur aise; et qui en ôterait les gens d'affaires, leurs alliés et adhérents couverts et découverts et ceux que le roi soutient par ses bienfaits, quelques marchands, etc...., je m'assure que le reste serait en petit nombre. »

Est-ce à dire que par la sensibilité de son âme, et à cause de celle amour insensée qu'il ressentait pour le peuple, et que lui reprocha si brutalement l'amant des Montespan et des Maintenon, est-ce à dire que Vauban s’exagérait les malheurs et la misère du peuple ? Pour ceux qui le penseraient nous prenons dans une pièce officielle, judiciaire du temps, un arrêt du conseil du roi, rendu contre le fermier général Temple, en l'année  1700, les ligues suivantes :

« …Il y a beaucoup de gens en Bourgogne qui ne consomment aucuns sels... La pauvreté où ils sont de n’avoir pas de quoi acheter non pas du blé ni de l’orge, mais de l'avoine pour vivre, les oblige à se nourrir d'herbe et même de périr de faim... »

Et ce passage d'un sermon de Massillon prononcé devant cette Cour, dans le cœur de laquelle la dépravation, l'amour du luxe et des plaisirs ne laissait, aucune place aux sentiments de compassion et d'humanité, devant cette Cour qui restait froide et inattentive en entendant les paroles qu'on va lire, et qui ne comprenait pas qu'elles s'élevaient non comme un cri de pitié, mais comme un cri de justice et de vengeance.

« Les villes et les campagnes sont frappées de calamités. Les hommes créés à l’image de Dieu, et rachetés de son sang broutent l'herbe comme des animaux, et dans leur nécessité extrême vont chercher, à travers les champs, une nourriture que la terre n'a pas faite pour l'homme, et qui devient pour eux une nourriture de mort. »

On en était venu, dit M. Etienne Flandin, dans le travail si remarquable et si complet, qu'il a publié sur Vauban, et que nous avons plus d'une fois consulté pour cette notice, on en était venu, en effet, dans les provinces, à faire du pain avec des fougères triturées, et réduites en pâte. Bientôt l'on traita de même l'asphodèle, la racine d'arum, le chiendent, le chou-navet, Les pauvres gens du plat pays se mirent à ronger l'écorce des arbres.

Les grandes routes n'étaient couvertes que de mendiants. Plus d'une fois on se vit dans la triste nécessité de les repousser à coups de fusil. Et pourtant suivant la parole de Louis XIV à Madame de Maintenon : « un roi fait l'aumône en dépensant beaucoup. »

Rappelons  enfin ces lignes de La Bruyère qui a défini ainsi le paysan français, tel qu'on le rencontrait à la fin du XVIIè siècle, toujours sous la grande monarchie :

« On voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés par le soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent avec une opiniâtreté invincible; ils ont comme une voix articulée, et, quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine ; et en effet, ils sont des hommes ; ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines ; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé. »

Tel était le lamentable état de choses, auquel Vauban voulut porter remède, par l'établissement d'un impôt unique, destiné à remplacer tous les autres. Voyons, en quelques mots en quoi consistait, et comment se percevait l'impôt, à l'époque où paru le livre de la Dîme royale.

Le premier et le plus ancien des impôts était celui de la taille. Suivant les provinces, la taille était réelle ou personnelle. Dans le premier cas, elle se basait sur l'estimation des terrains ; dans le second, elle portait sur tous les biens de la personne; de toute façon, elle était absolument arbitraire, essentiellement variable. « La taille, dit Vauban, est devenue arbitraire, corruptible, et en toute manière accablante à un point qui ne se peut exprimer. La taille réelle est moins sujette à corruption, il faut l'avouer, mais elle n’en est pas exempte, soit par le défaut des arpenteurs, ou par celui des estimateurs qui peuvent être corrompus, intéressés ou ignorants. »

Le recouvrement de cet impôt se faisait de la façon la plus odieuse. Le collecteur était suivi de garnisaires et d’huissiers dont le pays était inondé, et qui dépouillaient impitoyablement les pauvres gens.

On ne respectait rien dans ces misérables intérieurs; ni le linge, ni le lit, ni dans le pauvre mobilier, les objets les plus nécessaires à l'existence et aux besoins de tous les jours. « Il est même assez ordinaire, nous dit Vauban, de pousser les exécutions jusqu’à dépendre les portes des maisons, après avoir vendu ce qui était dedans; et on a vu démolir des maisons pour en tirer les poutres, les solives et les planches, qui ont été vendues cinq ou six fois moins qu’elles ne valaient en déduction de la taille. »

La taille, bien entendu, ne frappait que les biens de roture et les roturiers.            1

Voilà pourtant ce qui se passait dans  ces temps à jamais maudits, dans ce siècle qu'on a surnommé le grand siècle, sous le règne tant célébré de ce monarque qu'on a presque déifié, du fameux et trois fois illustre Roi-Soleil !

Le second des impôts était celui des aides. Il frappait les denrées, le vin, la bière, les liqueurs. Il était perçu par toute une armée de recors et d'employés, qui jour et nuit, vexaient et traquaient le menu peuple. « On est forcé, dit Vauban, de leur ouvrir la porte autant de fois qu'ils le souhaitent, et si un malheureux, pour la subsistance de sa famille, d'un muid de cidre ou de poiré en fait trois, en y ajoutant les deux tiers d'eau, comme il se pratique très souvent, il est en risque non seulement de tout perdre, mais encore de payer une grosse amende, et il est bien heureux quand il en est quitte pour payer l'eau qu'il boit. »

 Venait le troisième impôt, celui de la gabelle, ou impôt sur le sel, dont les ordonnances royales rendaient la consommation obligatoire. Chaque personne, âgée de sept ans, était tenue d'acheter, chaque année, sept livres de sel au grenier du roi, pour le seul usage du pot et salière. C'était ce qu'on appelait du nom comique, s'il n'était odieux, de sel du devoir. Il ne pouvait servir aux grosses salaisons, qui nécessitaient de nouvelles acquisitions.

Il y avait encore un quatrième impôt, celui des douanes intérieures qui frappait les produits et marchandises, d'une façon tellement exagérée et vexatoire, qu’on avait, pour ainsi dire, renoncé à les faire circuler.

« On a trouvé, dit Vauban, tant d'inventions pour surprendre les gens et pouvoir confisquer les marchandises, que le propriétaire et le paysan aiment mieux laisser périr leurs denrées chez eux que de les transporter avec tant de risques et si peu de profit. De sorte qu'il y a des denrées qui sont à très grand marché sur le lieu, et qui se vendraient chèrement et se débiteraient très bien à dix, vingt et trente lieues de là, où elles sont nécessaires, qu'on laisse perdre parce qu'on n'ose se hasarder de les transporter. »

C'est en présence de cet état de choses que se trouvait Vauban, vers la fin dit XVIIIè siècle, lorsque déjà vieux, après quarante années de combats et de gloire, couvert de blessures, il voulut consacrer les derniers jours d'une vie déjà si belle et si illustre à la défense des opprimés, de ceux qui souffrent, des pauvres gens; et rarement leur cause fut défendue avec autant de hardiesse et de chaleur d'âme.

La Dîme royale supprime d' un seul coup taille, aides, douanes, gabelle, etc., etc... « tous ces impôts que le système féodal avait accumulé sur les populations rurales en faveur des nobles et des prêtres oisifs. »

Elle fait disparaître en même temps le privilège injuste et barbare qui permettait aux classes dites supérieures de ne pas contribuer aux charges de l'Etat.

Vauban demande que toutes les personnes qui habitent le Royaume supportent les charges publiques, en proportion de leurs revenus, sans distinction de classes. Il réclame l'égalité de tous les Français devant l'impôt, en proposant de créer une Dîme royale.

L'impôt unique proposé par Vauban repose sur une double base:

1.         La propriété foncière et immobilière. On lève un dixième, quinzième ou vingtième des revenus, suivant les lieux et les circonstances ;

2.         On prélève une certaine somme sur les revenus du commerce et de l'industrie.

Puis, viennent quelques impôts complémentaires, tels que ceux que Vauban propose d'établir sur les titres de noblesse, sur la dorure des habits, sur les pierreries, sur les objets de luxe, etc., etc...

La conclusion est que l'adoption du système proposé diminuerait de plus de moitié les charges qui pesaient sur le peuple, et que les revenus de l'État se trouveraient considérablement augmentés.

Ce simple aperçu peut donner une idée du progrès immense que Vauban tenta de faire accomplir à une société, dont les classes dirigeantes d'alors ne purent ou ne voulurent pas le comprendre.

Chaque ligne de son livre admirable porte l'empreinte d'un amour profond de la vérité, de la justice, de l'humanité. Et en terminant cet aperçu trop incomplet, mais que nous ne saurions développer sans sortir de notre cadre, nous ne pouvons résister au désir de citer ces lignes si belles et si touchantes que Vauban a écrites en tête de son livre :

« Je me sens encore obligé d'honneur et de conscience de représenter à Sa Majesté qu'il m’a paru que de tout temps on n'avait pas eu assez d'égard en France pour le menu peuple, et qu'on en avait fait trop peu de cas; aussi c'est la partie la plus ruinée et la plus misérable du royaume; c’est elle, cependant, qui est la plus considérable par son nombre et par les services réels et effectifs qu'elle lui rend car c’est elle qui porte toutes les charges, qui a toujours le plus souffert, et qui souffre encore le plus; et c'est sur elle aussi que tombe toute la diminution des hommes qui arrive dans le royaume. Voici ce que l'application que je me suis donnée pour apprendre jusqu'où cela pourrait aller, m'en a découvert.

C'est la partie basse du peuple qui, par son travail et son commerce, et par ce qu'elle paye au roi l'enrichit et tout son royaume; c’est elle qui fournit tous les soldats et matelots de ses armées de terre et de mer, et grand nombre d'officiers, tous les marchands et les petits officiers de judicature ; c’est elle qui exerce et qui remplit tous les arts et métiers; c’est  elle qui fait tout le commerce et les manufactures de ce royaume, qui fournit tous les laboureurs, vignerons et manœuvriers de la campagne, qui garde et nourrit les bestiaux, qui sème les blés et les recueille; qui façonne les vignes et fait le vin; et pour achever de le dire en peu de mots, c’est elle qui fait tous les gros et menus ouvrages de la campagne et des villes.

Voilà en quoi consiste cette partie du peuple si utile, et si méprisée qui a tant souffert, et qui souffre tant de l’heure que j'écris ceci. Un peut espérer que l'établissement de la Dîme royale pourra réparer tout cela en moins de quinze années de temps, et remettre le royaume dans une abondance parfaite d'hommes et de biens ; car quand les peuples ne seront pas si oppressés, ils se marieront plus hardiment, ils se vêtiront et se nourriront mieux ; leurs enfants seront plus robustes et mieux élevés; ils prendront un plus grand soin de leurs affaires; enfin ils travailleront avec plus de force et de courage, quand ils verront que la principale partie du profit qu'ils y feront leur demeurera. »

Pour penser ces choses, au temps de Vauban, il fallait une grande intelligence et un grand cœur. Il fallait un courage, peut-être plus grand encore pour les écrire. Ce qui en advint, en fournit la preuve.

 

DERNIERS JOURS ET MORT DE VAUBAN.

 

Ce fut en 1707, que Vauban publia et présenta au Roi le livre de la Dîme royale. Le grand homme était déjà vu, par la cour et l'entourage du monarque, d'un œil jaloux et défiant. Il passait presque pour un réformateur dangereux. Il avait à plusieurs reprises émis certaines idées de réforme qui avaient vivement déplu. Il avait demandé la conscription par le tirage au sort, l'uniformité des poids et mesures, la rédaction et réunion en un seul livre des différentes coutumes, pour en faire la loi commune à tous ; ce n'était ni plus ni moins, comme on le voit, que le résumé de tous les grands progrès qu'a réalisés la Révolution de 89.

Le ministre Louvois avait voulu le détourner de cette voie, qu'il considérait comme funeste et dangereuse pour « l’ordre moral » du temps; et dans un moment d'irritation, il avait osé écrire à celui qui portait le nom de Vauban, une étrange lettre dont voici un passage :

« … Quant au mémoire que je vous renvoie, lui écrivait le ministre de la guerre, afin que vous puissiez le supprimer aussi bien que la minute, que vous en avez faite, je vous dirai que si vous n'étiez pas plus habile en fortification que le contenu en votre mémoire donne lieu de croire que vous l’êtes sur les matières dont il traite, vous ne seriez pas digne de servir le roi de Narsingue, qui, de son vivant, eut un ingénieur qui ne savait ni lire, ni écrire, ni dessiner. S’il m’était permis d'écrire, sur une pareille matière, je vous ferais honte d'avoir pensé ce que vous avez mis par écrit; et comme je ne vous ai jamais vu vous tromper aussi lourdement qu'il parait que vous l'avez fait par ce mémoire, j’ai jugé que l'air de Bazoches vous avait bouché l'esprit, et qu'il était à propos de ne vous y guère laisser demeurer. »

On pouvait prévoir, dès lors, l'accueil qui attendait le livre de la Dîme royale. Il fut accueilli, en haut lieu, par un immense cri de colère et d'indignation. Contrôleurs généraux, intendants de province, officiers de finances, leurs commis, leurs secrétaires, leurs protégés, enfin toute cette armée de déprédateurs dont le nombre, suivant l’expression du vieux maréchal a « était suffisant pour remplir les galères du roi,» tout cela se voyait dévoilé et ruiné par l'apparition de ce livre vengeur.

« Ce ne fut pas merveille, ajoute Saint-Simon, si le roi investi, prévenu par les nombreux intéressés reçut très mal le maréchal lorsqu'il lui présenta son livre. Dès ce moment ses services, sa capacité militaire, unique en son genre, ses vertus disparurent aux yeux de Louis. Il ne vit plus en lui qu’un insensé pour l'amour du bien public, un criminel qui attentait à l'autorité de ses ministres, et par conséquent à la sienne. »

Par ordonnance du 14 février 1707, le livre de la Dîme royale fut saisi, confisqué et condamné au pilori, et à être brûlé de la main du bourreau.

Le malheureux maréchal, dit Saint-Simon, porté dans tous les cœurs français, ne put survivre aux bonnes grâces de son maître, pour qui il avait tout fait, et mourut, peu de mois après, ne voyant personne, consumé de douleur et d’une affliction que rien ne put adoucir, et à laquelle le roi fut insensible jusqu'à ne pas faire semblant s'apercevoir qu'il eût perdu un serviteur si utile et si illustre. Il n'en fut pas moins, célébré par toute l'Europe et par les ennemis mêmes, ni moins regretté en France de tout ce qui n'était pas financier ou suppôt de financier.

Telle fut la fin triste et cruelle du grand Vauban, de celui qui  personnifie, nous, pouvons le dire, la gloire la plus pure de notre histoire nationale. Victime de l'ingratitude, de la vanité et de la sottise de Louis XIV, il est mort, comme dit Saint-Simon « porté dans le cœur du peuple » qui ne séparera jamais de l'admiration qu'il a conservée pour le grand homme, la reconnaissance qu'il porte à celui qui fut le premier et restera, l'un des plus ardents défenseurs de ses droits et de ses libertés.

 

                                                                                                           Texte signé : EM.G.

 


LES FÊTES D'AVALLON

Rien n'a manqué à la solennité des fêtes d'Avallon, pour l'inauguration de la statue de Vauban. Les pluies de la veille avaient cessé, les nuages du matin se dissipaient, et c’est sous  les doux rayons d’un soleil d'automne, illuminant la scène, empourprant les paysages enchanteurs qui lui servaient de cadre, que sont apparus les traits du grand homme dont on honorait la mémoire.

Dès le samedi, la ville était encombrée de visiteurs qui avaient bravé l'incertitude du temps. Dimanche, vers midi, arrivait d'Auxerre un convoi aurait suffi à lui seul à faire une foule. Il amenait, avec les personnages officiels, les députés de I'Yonne, maires, conseillers généraux, et tous ceux qui s’étaient fait un devoir de prendre part à cette sorte de fédération départementale.

La population avallonnaise s'était de son côté, portée à leur rencontre, et la bienvenue était donnée par le chef de la municipalité, M. Mathé, dont l'attitude digne, simple et modeste répondent si bien au magistrat type républicain.

Vers deux heures, un cortège partant de l'hôtel de ville allait chercher à la sous-préfecture les représentants du gouvernement.

La cérémonie de l'inauguration a commencé par un discourt de M.Raudot, président de la commission pour l’érection de la statue.

La surprise et le succès ont été pour les paroles éloquentes, émues, du général Doutrelaine, faisant vibrer toutes les cordes patriotiques de l’assistance, et arrachant des larmes que nous avons vu couler sur plus d'une barbe grise.

Mais il appartenait surtout an maire plébéien de la ville d'Avallon de mettre en relief le côté le plus grand peut-être de la gloire de Vauban, et c’est ce qu’a fait M.Mathé avec une logique pleine d'élévation. C'est au nom du peuple à comme homme du peuple qu'il a restitué à Vauban sa gloire la plus pure et la meilleure, celle d'avoir étudié le mal social, d'en avoir gémi dans sa propre grandeur et d’y avoir cherché remède.

Le discours de M. Mathé a été accueilli aux cris chaleureux et fréquemment répétés de: « Vive la République ! »

Cette première partie de la solennité a été complétée par une intéressante notice sur la famille et la vie de Vauban, lue par un des héritiers de ce nom illustre.

L’accord plein de convenance qui s’était établi dans la première partie de la journée, l’enseignement moral que chacun avait tiré de cette grande mémoire évoquée, se sont retrouvés dans les toasts du banquet.

L'éloquent général a eu une réplique digne de son discours dans l'improvisation de l'honorable M. Guichard, buvant à l'armée, et développant son texte avec une verve et une ampleur qui rappelaient les plus beaux mouvements des orateurs les mieux inspirés.

 

L'hôte fêté entre tous et par tous a été le colonel Denfert, l'héroïque défenseur de Belfort, dont l'ombre de Vauban a dû saluer la présence à cette solennité. On avait célébré le héros mort, Denfert l’a fait revivre en buvant à l’instruction du peuple, qui fera les Vauban de l'avenir.

Après deux autres toasts patriotiquement formulés et patriotiquement accueillis, de M. le préfet et de M. le Général de la subdivision, le banquet s'est terminé par un discours de M. Lepère, auquel il appartenait, comme président du conseil général de résumer toutes les bonnes paroles qui avaient été prononcées; il a rattaché l’œuvre de Vauban à la révolution de 1789 ; c’était la synthèse et la morale de cette belle journée.

Si les visiteurs emportaient un précieux souvenir de l’accueil si touchant qu'ils avaient reçu, les Avallonnais devaient être fiers de l'empressement sympathique avec lequel on avait répondu à leur invitation. MM. Ribière et Brunet étaient venus retrouver, comme amis, ceux qu’ils avaient administrés, dans des temps difficiles, sans rigueur et sans faiblesse.

La députation du département était venue s'associer à ces fêtes qui ont continué pendant toute la journée du lendemain, au milieu d’une foule aussi considérable, aussi sympathique et aussi irréprochable dans les manifestations de ses joies patriotiques.

 

                                                                                Extrait du journal L’Yonne de 28 octobre 1873.


SOURCE : texte signé : EM. G.   Almanach Historique et Statistique de l'Yonne- édition de l'année 1874- 


 

 

 

 

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