Illustration
issue de l'Almanach Historique et Statistique de l'Yonne -édition de
l'année 1874-
( Reproduction
d'une illustration extraite du journal L’Yonne du 28 octobre 1873 )
SA NAISSANCE. SA FAMILLE.
Sébastien Le Prestre de Vauban
naquit à Saint-Léger-de-Fourcheret, arrondissement d'Avallon (Yonne), le 15
mai de l'an 1633. Sa famille, du nom de Le Prestre était d’origine
nivernaise, et possédait dans la paroisse de Bazoches, en Morvan nivernais, la
petite seigneurie de Vauban, dont elle avait pris le nom. Voici, tel qu'il
existe sur les registres de la commune, le texte de l'acte de baptême de ce
grand homme :
« Le quinzième mai mil six
cent trente trois, a esté baptisé Sébastien, fils d'Albin Le Prestre escuyer,
et de dame Edmée Corminolt. Le parrain a été maistre Sébastien Clavin,
prestre, curé de Cordois; la marraine Judith d'Ehain ; en présence de Georges
Bierry. Signé : Clavin, Bierry et Orillard, curé. »
Le père de Vauban, qui n'était
qu'un cadet, s’était ruiné dans le service, où il avait laissé le peu de
fortune qu'il avait: et la situation très modeste de sa femme n'était pas de
nature à modifier cet état de choses. Il y a quelques années, la maison qui vit
naître Sébastien Le Prestre était encore à peu près telle qu’elle fût au
XVIIe siècle. Elle est aujourd’hui transformée en grange par de regrettables
travaux de maçonnerie qui lui ont enlevé tout caractère d'ancienneté. Elle
fait face à une petite cour, et se trouve vers l'extrémité de la rue que suit
le chemin de Quarré-les-Tombes.. Tel est le berceau de celui qui, plus tard,
aimait à se dire le plus pauvre gentilhomme de France. On comprend que, dans de
pareilles conditions, l'instruction qu'il reçut fut loin d'être brillante.
Elle se borna à quelques notions d'arithmétique, de géométrie, ou plutôt d
arpentage. Et c'est avec ce léger bagage, que le jeune Sébastien, ayant
atteint sa dix-septième année, et obéissant à je ne sais quelle impulsion
secrète et impérieuse, quitta un beau matin sa famille et son pays, traversa
à pied une partie de la France et alla prendre du service dans le régiment de
Condé qui se trouvait en ce moment sur la frontière des PaysBas.
CAMPAGNES ET TRAVAUX MILITAIRES
On était, à cette époque, au
beau milieu des troubles de la Fronde. Le prince de Condé, déjà chef d'une
faction puissante, négociait, avec l'Espagne, cette fameuse alliance, qui
devait en faire, pour la couronne de France, un rebelle si redoutable. C'est
dans ce parti que Vauban fit ses premières armes. Il se distingua fort dans
l'exécution des fortifications de Clermont en Argonne, et, dès lors, sentit se
révéler en lui ces immenses talents, qui devaient en faire un jour le plus célèbre
ingénieur que les armées françaises aient produit jusqu'à présent, et que
les étrangers nous envient encore, sans avoir pu l'égaler. Dans cette même
année (1652), il prit une part active au de Sainte-Menehould et s'y
distingua par une action d’éclat, en passant une rivière à la nage, sous le
feu del'ennemi. C'est de ce jour
que commence, pour Vauban, cette célébrité qui ne fit que grandir sans cesse,
pendant sa vie, comme après sa mort, et a fait, de son nom, l'un des plus
glorieux des annales militaires.
L'année suivante, en 1653, après
avoir brillamment servi, et reçu sa première blessure, dans la campagne qui s'était
engagée, il tomba dans une embuscade de l’armée royale, et fut fait
prisonnier. Voici en quels termes, un historien fort estimé, M. Camille Rousset
rend compte de cet incident, qui, en même temps qu'il montra toute la fière énergie
de cette âme d'élite, prouva en quelle haute estime le jeune volontaire de la
Fronde était tenu par ses adversaires
« Un jour que Vauban était parti avec trois de ses camarades, ils tombèrent inopinément dans une
patrouille de l'armée royale. Ses camarades déjà pris et lui tout prêt de l'être
il trouva moyen de se jeter dans un chemin creux, et quand les royaux qui le
poursuivaient s'y furent engagés à la file, tout à coup il tourna la tête,
les arrêta court, et, tenant en joue leur chef, qui était un lieutenant du régiment
de Sainte-Maure, il fit sa capitulation, à savoir qu'il ne serait ni maltraité,
ni dépouillé, ni même démonté, de sorte qu'il entra dans le camp royal à
cheval, en complet équipage et avec tous les honneurs de là guerre.
L’aventure fit du bruit ; on
sut bientôt que le cavalier si avisé n'était autre que le hardi nageur de Saïnte-Menehould.
Spirituel et brave, un soldat a deux fois sa réputation faite …»
Mandé par Mazarin, auprès de
qui sa réputation était déjà parvenue, Vauban eut avec le cardinal un long
entretien, à la suite duquel il fut engagé au service du roi, et envoyé, sous
les ordres du plus célèbre ingénieur du temps, le chevalier de Clerville, au
second de Sainte-Menehould, qui fut reprise par les troupes royales, et
dont Vauban fut chargé de faire réparer les fortifications.
Les travaux qu'il exécuta, à
cette époque, le mirent d'emblée au premier rang des ingénieurs militaires.
Dans les années suivantes, il dirigea les s de Stenay, Clermont, Landrecy,
Condé, Saint-Guillain et Valenciennes. Dangereusement blessé, devant cette
dernière ville, et à Stenay, il n'en continua pas moins de servir et, peu de
temps après, il recevait, au de Montmédy, trois blessures qui mirent
ses jours en danger. «Comme la
gazette en parla, dit Fontenelle dans son Eloge de Vauban, on apprit dans son
pays ce qu'il était devenu ; car, depuis six ans, qu'il en était parti, il n'y
était point retourné et n'avait écrit à personne, et ce fut là la seule
manière dont il donna de ses nouvelles. »
Ces brillants succès, qui
furent accueillis dans toute la France par un sentiment de surprise et
d'admiration, valurent à Vauban le commandement en chef dans les attaques des
places de Graveline, d'Ypres, et d'Oudenarde. Il fut occupé, après la paix des
Pyrénées, à démolir ou à construire des places, puis, dans la guerre de
1667, il eut la conduite de tous les sièges, que le roi fit en personne, reçut,
au de Donav, un coup de mousquet à la joue, dont il porta toujours la
marque glorieuse, que l'habile sculpteur à qui l'on doit la statue de Vauban,
à Avallon, a voulu reproduire dans le bronze. En 1668, nous trouvons Vauban
occupé à fortifier les places de la Franche Comté, de Flandre et d'Artois. Il
est nommé gouverneur de la citadelle de Lille qu'il venait de construire; puis
emploie les courts loisirs que lui laisse le traité de paix d' Aix-la-Chapelle,
à achever les fortifications de Flandre, d'Artois, de Provence, de Roussillon
et va même jusqu'en Piémont, avec Louvois, pour donner au duc de Savoie des
plans et des dessins pour Verue, Verceil et Turin.
Survint la guerre de 1672. Elle
ne fut pour Vauban qu'une suite d’actions d'éclat, ou de triomphes dus
à son incomparable science d'ingénieur. Le plus célèbre de tous les s
qu'il dirigea est incontestablement celui de Maëstricht, en 1673. Ce fut là,
dit Fontenelle, qu'il commença à se servir d'une Méthode singulière pour
l'attaque des places, qu’il avait imaginée par une longue suite de réflexions
et qu'il a depuis toujours pratiquée. Il fit changer de face à cette partie si
importante de la guerre. Les fameuses parallèles et les places d'armes parurent
au jour. Depuis ce temps, il a toujours inventé sur ce sujet, tantôt les
cavaliers de tranchée, tantôt les batteries à ricochet, et il avait porté
son art à une telle perfection que, le plus souvent, ce qu'on n'aurait jamais
osé espérer devant les places les mieux défendues, il ne perdait pas plus de
monde que les assiégés.
« C'était là, ajoute l'auteur
que nous venons de citer, c’était là son but principal, la conservation des
hommes. Non seulement l'intérêt de la guerre, mais son humanité naturelle les
lui rendait chers. Il leur sacrifiait toujours l'éclat d'une conquête plus
prompte, et une gloire assez capable de séduire ; et, ce qui est encore plus
difficile, quelquefois, il résistait en leur faveur à l'impatience des généraux,
et s'exposait aux redoutables discours du courtisan oisif. »
On ne saurait faire un plus grand éloge de celui qui a été un homme de
guerre illustre entre tous. Et ces témoignages de l'histoire donneront toujours
à la grandeur de Vauban, un caractère et une élévation tels, que si l'on
peut dire que si elle n'a pas encore été atteinte, elle ne sera certainement
jamais dépassée.
Pendant la durée de la paix de Nimègue, Vauban fit le fameux
port de Dunkerque, qui est considéré comme son chef d’œuvre, fortifia
Strasbourg et Casai, et accomplit d'immenses travaux pour la navigation intérieure.
En 1688, la guerre s'étant
rallumée, il fait les sièges de Philisbourg, de Manheim et de Frankendal,
prend la place de Mons, en 1691, et l'année suivante devant Namur, conduit le
siége de telle sorte, dit un historien du temps, « qu'il prit la place en
trente jours de tranchée ouverte, et n'y perdit que 800 hommes, quoiqu'il s'y
fut fait cinq actions de vigueur trèsconsidérables
».
Comment suivre, dans les
quelques lignes d'une notice biographique, cette existence si remplie, dont
chaque jour se compte, pour ainsi dire, par une page glorieuse dans l'histoire ?
Mentionnons encore le siége de Charleroy en 1693, la défense de la
Basse-Bretagne en 1694 et 1695, le d'Ath, en 1697, et enfin, le dernier qu'il conduisit, en 1703, celui du Vieux Brissach, place considérable,
qui fut réduite à capituler au bout de treize jours et demi de tranchée
ouverte, et qui ne coûta pas 300 hommes.
C'est dans le cours de cette même
année que Vauban avait été élevé, contre son gré, à la dignité de maréchal
de France. « Ce titre, dit Fontenelle, produisit les inconvénients qu'il avait
prévus. Il demeura deux ans inutile, ne pouvant être employé avec des généraux
du même rang, et faisant naître des embarras contraires au bien du service. Je
l'ai souvent entendu s'en plaindre; il protestait que pour l'intérêt de l'Etat,
il aurait foulé aux pieds la dignité avec joie.
En ce qui touche les travaux
militaires de Vauban, il nous reste à parier de ses écrits sur l'art de la
guerre et des fortifications. L’œuvre qu'il a laissée est immense, admirable
; c’est une création complète en ce qui concerne les travaux d'art,
l'attaque et la défense des places fortes, la discipline militaire, les
campements, etc... Nous n'avons ni la compétence, ni la place nécessaire pour
analyser et nous étendre davantage sur ces travaux, qui, par leur méthode et
leur clarté, séduisent et attachent les esprits même les plus étrangers à
cette science. Qu'il nous soit permis cependant d'insister quelque peu sur un Mémoire
présenté au roi par Vauban, mémoire auquel nos derniers désastres ne donnent
que malheureusement trop d'actualité.
Il est intitulé : «
L’importance dont Paris est à la Franceet le soin que l'on doit prendre de sa conservation. »
Vauban demande que l'on fortifie
Paris, par l'exécution de travaux de défense et d'approvisionnements, tels que
cette ville devienne imprenable en cas d'invasion. « Paris capitale de la
France, dit-il est le vrai cœur du royaume, la mère commune des Français, et
l'abrégé de la France, par qui tous les peuples de ce grand Etat subsistent,
et de qui le royaume ne saurait se passer sans déchoir considérablement de sa
grandeur. »
Ne dirait-onpas que ces lignes ont été écrites de nos jours, pour servir de leçon
à certains gens ? Mais continuons :
« On ne saurait, ajoute-t-il,
avoir trop d'égards pour Paris, ni trop prendre de précautions pour le
conserver, d'autant plus que si l’ennemi avait forcé nos frontières, battu
et dissipé nos armées, et enfin pénétré le dedans du royaume ce qui est très
difficile, je l'avoue, mais non pas impossible, il ne faut pas douter qu'il ne fît
tous ses efforts pour se rendre maître de cette capitale, ou du moins la ruiner
de fond en comble. L'usage des bombes s'est rendu si familier et si terrible
dans ces derniers temps, que l’on peut le considérer comme un moyen très sûr
pour la réduire à tout ce que l'ennemi voudra avec une armée assez médiocre,
toutes les fois qu'il ne sera question que de se mettre à portée de la
bombarder. Or, il est très visible que ce malheur serait l'un des plus grands
qui peut jamais arriver à ce royaume, et que, quelque-chose que l'on fût faire
pour le rétablir, il ne s'en relèverait de longtemps et peut-être jamais.
J'avoue que le zèle de la
patrie et le bien de l'Etat m’y a fait souvent songer. »
N’y a-t-il pas dans ces lignes écrites, il y a plus de deux
siècles et demi, et que l'on dirait d'hier, dans ces lignes qu'on ne peut lire
aujourd'hui sans une poignante émotion, n'y a-t-il pas là comme une intuition
de l'avenir, comme de secrets pressentiments, qui seuls peuvent expliquer, au
milieu des grandeurs et des triomphes, les tristesses et les anxiétés qui
tourmentaient l'âme du grand patriote?
En même- temps qu'il trace les
plans destinés à pourvoir à la sûreté de la grande ville, à la garnir de
munitions de guerre et de magasins de poudre, Vauban songe à la création de
cases et magasins à blé. Pour lui, l'utilité de ces établissements ne se
fait pas sentir seulement pour les temps de guerre; elle existe aussi et
surtout, pour les temps de paix. Ici, comme dans toutes les œuvres de Vauban,
nous retrouvons la marque de sa constante sollicitude pour les pauvres. L'auteur
de la Dîme royale et de tant de projets de réforme, inspirés par un profond
amour du peuple, se révèle tout entier dans ces quelques ligues :
Ces précautions (emmagasinage
de blé, de légumes et d avoine) seraient d'autant plus utiles que, dans les chères
années, le peuple à qui l'on pourrait vendre de ces grains à un prix modique
s'en trouverait soulagé, et qu'aux environs de Paris, à quarante lieues à la
ronde, et le long des rivières navigables, les blés s'y vendraient toujours à
un prix raisonnable, dans le temps que la grande abondance les fait donner à
vil prix, à cause des remplacements à faire dans les magasins ; ainsi les
fermiers seraient mieux en état de payer leurs maîtres qui perdraient moins
sur leurs fermes, et le pauvre peuple se trouverait soulagé dans ses misères.
»
Cette pensée si touchante, qui
vient d'une façon si simple et si spontanée sous la plume de l'homme de
guerre, dans le cours même d'un travail où il semblerait devoir être complètement
absorbé par un ordre d'idées bien différent, cette pensée nous sert de
transition toute naturelle pour passer de Vauban, grand général et grand ingénieur
à Vauban, grand économiste et grand réformateur.
PROJETS DE REFORMES.
- VAUBAN, ÉCONOMISTE. -
LA DIME ROYALE.
Avant de parler des ouvrages si
étonnants et si considérables, qui ont valu à Vauban d'être, nommé le précurseur
des idées modernes, le premier des économistes français et le plus honnête
homme du royaume, il est bon de donner en quelques mots, et par de simples et
courtes citations, une idée de ce qu’était la France sous le règne si vanté
de celui qu'on a appelé le grand roi.
Voici une ordonnance, en date du 24 mai, qui suffit à établir
comment le souverain tout puissant entendait l'exercice de la liberté de la
pensée et de la liberté religieuse.
« Louis, etc .....
« Ordonnons, voulons et nous
plait que, si aucun de nos sujets de l'un ou de l'autre sexe qui auront fait
abjuration, et qui, venant à tomber malades, refuseront de recevoir les
sacrements de l'Eglise, leur procès leur sera fait et parfait, et, en cas
qu'ils recouvrent la santé, les hommes condamnés aux galères avec
confiscation de biens, et les femmes et filles à l'amende honorable avec
confiscation, et à être enfermées. Et en cas qu'ils en décèdent, que le
procès sera fait aux cadavres et leurs biens confisqués.
« Car tel est notre plaisir.« LOUIS. »
Il n'y a pas, croyons-nous, de
commentaires à ajouter. Passons à un autre ordre d’idées, et voyons dans
quel état vivait, ou plutôt mourait tous les jours, le peuple qui avait le
bonheur d'être gouverné par le grand roi.
Voici d'abord ce que Vauban
lui-même écrivait en l'an de grâce 1698 :
« La vie errante que je mène
depuis quarante ans et plus m’ayant donné occasion de voir plusieurs fois et
plusieurs façons la plus grande partie des provinces de ce royaume.... j’ai
souvent eu occasion de donner carrière à mes réflexions et de remarquer le
bon et le mauvais des pays...
... Il est certain que le mal
est poussé à l'excès, et que, si on n'y remédie, le peuple tombera dans une
extrémité dont il ne se relèvera jamais, les grands chemins de la campagne et
les rues des villes et des bourgs étant pleines de mendiants que la faim et la
nudité chassent de chez eux.
« Par toutes les recherches que
j'ai pu faire depuis plusieurs années que je m'y applique, j’ai fort bien
remarqué que, dans ces derniers temps, près de la dixième partie du peuple
est réduite à la mendicité, et mendie effectivement ; que, des neuf autres
parties, Il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l'aumône à celle-là
parce qu'eux-mêmes sont réduits, à très peu de chose près, à cette
malheureuse condition; que des quatre autres parties qui restent, les trois
autres sont fort malaisées et embarrassées de dettes et de procès ; et que,
dans la dixième, où je mets tous les gens d'épée, de robes, ecclésiastiques
et laïques, toute la noblesse haute, la noblesse distinguée et les gens en
charge militaire et civile, les bons marchands, les bourgeois rentés et les
plus accommodés, on ne peut pas compter sur cent mille familles et je ne
croirais pas mentir quand je dirais qu’il n’y en a pas dix mille, petites
ou grandes, qu'on puisse dire fort à leur aise; et qui en ôterait les gens
d'affaires, leurs alliés et adhérents couverts et découverts et ceux que le
roi soutient par ses bienfaits, quelques marchands, etc...., je m'assure que le
reste serait en petit nombre. »
Est-ce à dire que par la
sensibilité de son âme, et à cause de celle amour insensée qu'il ressentait
pour le peuple, et que lui reprocha si brutalement l'amant des Montespan et des
Maintenon, est-ce à dire que Vauban s’exagérait les malheurs et la misère
du peuple ? Pour ceux qui le penseraient nous prenons dans une pièce
officielle, judiciaire du temps, un arrêt du conseil du roi, rendu contre le
fermier général Temple, en l'année1700,
les ligues suivantes :
« …Il y a beaucoup de gens en
Bourgogne qui ne consomment aucuns sels... La pauvreté où ils sont de
n’avoir pas de quoi acheter non pas du blé ni de l’orge, mais de l'avoine
pour vivre, les oblige à se nourrir d'herbe et même de périr de faim... »
Et ce passage d'un sermon de
Massillon prononcé devant cette Cour, dans le cœur de laquelle la dépravation,
l'amour du luxe et des plaisirs ne laissait, aucune place aux sentiments de
compassion et d'humanité, devant cette Cour qui restait froide et inattentive
en entendant les paroles qu'on va lire, et qui ne comprenait pas qu'elles s'élevaient
non comme un cri de pitié, mais comme un cri de justice et de vengeance.
« Les villes et les campagnes
sont frappées de calamités. Les hommes créés à l’image de Dieu, et rachetés
de son sang broutent l'herbe comme des animaux, et dans leur nécessité extrême
vont chercher, à travers les champs, une nourriture que la terre n'a pas faite
pour l'homme, et qui devient pour eux une nourriture de mort. »
On en était venu, dit M.
Etienne Flandin, dans le travail si remarquable et si complet, qu'il a publié
sur Vauban, et que nous avons plus d'une fois consulté pour cette notice, on en
était venu, en effet, dans les provinces, à faire du pain avec des fougères
triturées, et réduites en pâte. Bientôt l'on traita de même l'asphodèle,
la racine d'arum, le chiendent, le chou-navet, Les pauvres gens du plat pays se
mirent à ronger l'écorce des arbres.
Les grandes routes n'étaient
couvertes que de mendiants. Plus d'une fois on se vit dans la triste nécessité
de les repousser à coups de fusil. Et pourtant suivant la parole de Louis XIV
à Madame de Maintenon : « un roi fait l'aumône en dépensant beaucoup. »
Rappelonsenfin ces lignes de La Bruyère qui a défini ainsi le paysan français,
tel qu'on le rencontrait à la fin du XVIIè siècle, toujours sous la grande
monarchie :
« On voit certains animaux
farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides
et tout brûlés par le soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent avec
une opiniâtreté invincible; ils ont comme une voix articulée, et, quand ils
se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine ; et en effet, ils
sont des hommes ; ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de
pain noir, d'eau et de racines ; ils épargnent aux autres hommes la peine de
semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas
manquer de ce pain qu'ils ont semé. »
Tel était le lamentable état
de choses, auquel Vauban voulut porter remède, par l'établissement d'un impôt
unique, destiné à remplacer tous les autres. Voyons, en quelques mots en quoi
consistait, et comment se percevait l'impôt, à l'époque où paru le livre de
la Dîme royale.
Le premier et le plus ancien des
impôts était celui de la taille. Suivant les provinces, la taille était réelle
ou personnelle. Dans le premier cas, elle se basait sur l'estimation des
terrains ; dans le second, elle portait sur tous les biens de la personne; de
toute façon, elle était absolument arbitraire, essentiellement variable. « La
taille, dit Vauban, est devenue arbitraire, corruptible, et en toute manière
accablante à un point qui ne se peut exprimer. La taille réelle est moins
sujette à corruption, il faut l'avouer, mais elle n’en est pas exempte, soit
par le défaut des arpenteurs, ou par celui des estimateurs qui peuvent être
corrompus, intéressés ou ignorants. »
Le recouvrement de cet impôt se
faisait de la façon la plus odieuse. Le collecteur était suivi de garnisaires
et d’huissiers dont le pays était inondé, et qui dépouillaient
impitoyablement les pauvres gens.
On ne respectait rien dans ces
misérables intérieurs; ni le linge, ni le lit, ni dans le pauvre mobilier, les
objets les plus nécessaires à l'existence et aux besoins de tous les jours. «
Il est même assez ordinaire, nous dit Vauban, de pousser les exécutions
jusqu’à dépendre les portes des maisons, après avoir vendu ce qui était
dedans; et on a vu démolir des maisons pour en tirer les poutres, les solives
et les planches, qui ont été vendues cinq ou six fois moins qu’elles ne
valaient en déduction de la taille. »
La taille, bien entendu, ne
frappait que les biens de roture et les roturiers.1
Voilà pourtant ce qui se
passait dansces temps à jamais
maudits, dans ce siècle qu'on a surnommé le grand siècle, sous le règne tant
célébré de ce monarque qu'on a presque déifié, du fameux et trois fois
illustre Roi-Soleil !
Le second des impôts était
celui des aides. Il frappait les denrées, le vin, la bière, les liqueurs. Il
était perçu par toute une armée de recors et d'employés, qui jour et nuit,
vexaient et traquaient le menu peuple. « On est forcé, dit Vauban, de leur
ouvrir la porte autant de fois qu'ils le souhaitent, et si un malheureux, pour
la subsistance de sa famille, d'un muid de cidre ou de poiré en fait trois, en
y ajoutant les deux tiers d'eau, comme il se pratique très souvent, il est en
risque non seulement de tout perdre, mais encore de payer une grosse amende, et
il est bien heureux quand il en est quitte pour payer l'eau qu'il boit. »
Venait le troisième impôt, celui de la gabelle, ou impôt
sur le sel, dont les ordonnances royales rendaient la consommation obligatoire.
Chaque personne, âgée de sept ans, était tenue d'acheter, chaque année, sept
livres de sel au grenier du roi, pour le seul usage du pot et salière. C'était
ce qu'on appelait du nom comique, s'il n'était odieux, de sel du devoir. Il ne
pouvait servir aux grosses salaisons, qui nécessitaient de nouvelles
acquisitions.
Il y avait encore un quatrième
impôt, celui des douanes intérieures qui frappait les produits et
marchandises, d'une façon tellement exagérée et vexatoire, qu’on avait,
pour ainsi dire, renoncé à les faire circuler.
« On a trouvé, dit Vauban,
tant d'inventions pour surprendre les gens et pouvoir confisquer les
marchandises, que le propriétaire et le paysan aiment mieux laisser périr
leurs denrées chez eux que de les transporter avec tant de risques et si peu de
profit. De sorte qu'il y a des denrées qui sont à très grand marché sur le
lieu, et qui se vendraient chèrement et se débiteraient très bien à dix,
vingt et trente lieues de là, où elles sont nécessaires, qu'on laisse perdre
parce qu'on n'ose se hasarder de les transporter. »
C'est en présence de cet état
de choses que se trouvait Vauban, vers la fin dit XVIIIè siècle, lorsque déjà
vieux, après quarante années de combats et de gloire, couvert de blessures, il
voulut consacrer les derniers jours d'une vie déjà si belle et si illustre à
la défense des opprimés, de ceux qui souffrent, des pauvres gens; et rarement
leur cause fut défendue avec autant de hardiesse et de chaleur d'âme.
La Dîme royale supprime d' un
seul coup taille, aides, douanes, gabelle, etc., etc... « tous ces impôts que
le système féodal avait accumulé sur les populations rurales en faveur des
nobles et des prêtres oisifs. »
Elle fait disparaître en même
temps le privilège injuste et barbare qui permettait aux classes dites supérieures
de ne pas contribuer aux charges de l'Etat.
Vauban demande que toutes les
personnes qui habitent le Royaume supportent les charges publiques, en
proportion de leurs revenus, sans distinction de classes. Il réclame l'égalité
de tous les Français devant l'impôt, en proposant de créer une Dîme royale.
L'impôt unique proposé par
Vauban repose sur une double base:
1.La propriété foncière
et immobilière. On lève un dixième, quinzième ou vingtième des revenus,
suivant les lieux et les circonstances ;
2.On prélève une
certaine somme sur les revenus du commerce et de l'industrie.
Puis, viennent quelques impôts
complémentaires, tels que ceux que Vauban propose d'établir sur les titres de
noblesse, sur la dorure des habits, sur les pierreries, sur les objets de luxe,
etc., etc...
La conclusion est que l'adoption
du système proposé diminuerait de plus de moitié les charges qui pesaient sur
le peuple, et que les revenus de l'État se trouveraient considérablement
augmentés.
Ce simple aperçu peut donner
une idée du progrès immense que Vauban tenta de faire accomplir à une société,
dont les classes dirigeantes d'alors ne purent ou ne voulurent pas le
comprendre.
Chaque ligne de son livre
admirable porte l'empreinte d'un amour profond de la vérité, de la justice, de
l'humanité. Et en terminant cet aperçu trop incomplet, mais que nous ne
saurions développer sans sortir de notre cadre, nous ne pouvons résister au désir
de citer ces lignes si belles et si touchantes que Vauban a écrites en tête de
son livre :
« Je me sens encore obligé
d'honneur et de conscience de représenter à Sa Majesté qu'il m’a paru que
de tout temps on n'avait pas eu assez d'égard en France pour le menu peuple, et
qu'on en avait fait trop peu de cas; aussi c'est la partie la plus ruinée et la
plus misérable du royaume; c’est elle, cependant, qui est la plus considérable
par son nombre et par les services réels et effectifs qu'elle lui rend car
c’est elle qui porte toutes les charges, qui a toujours le plus souffert, et
qui souffre encore le plus; et c'est sur elle aussi que tombe toute la
diminution des hommes qui arrive dans le royaume. Voici ce que l'application que
je me suis donnée pour apprendre jusqu'où cela pourrait aller, m'en a découvert.
C'est la partie basse du peuple
qui, par son travail et son commerce, et par ce qu'elle paye au roi l'enrichit
et tout son royaume; c’est elle qui fournit tous les soldats et matelots de
ses armées de terre et de mer, et grand nombre d'officiers, tous les marchands
et les petits officiers de judicature ; c’est elle qui exerce et qui remplit
tous les arts et métiers; c’estelle
qui fait tout le commerce et les manufactures de ce royaume, qui fournit tous
les laboureurs, vignerons et manœuvriers de la campagne, qui garde et nourrit
les bestiaux, qui sème les blés et les recueille; qui façonne les vignes et
fait le vin; et pour achever de le dire en peu de mots, c’est elle qui fait
tous les gros et menus ouvrages de la campagne et des villes.
Voilà en quoi consiste cette
partie du peuple si utile, et si méprisée qui a tant souffert, et qui souffre
tant de l’heure que j'écris ceci. Un peut espérer que l'établissement de la
Dîme royale pourra réparer tout cela en moins de quinze années de temps, et
remettre le royaume dans une abondance parfaite d'hommes et de biens ; car quand
les peuples ne seront pas si oppressés, ils se marieront plus hardiment, ils se
vêtiront et se nourriront mieux ; leurs enfants seront plus robustes et mieux
élevés; ils prendront un plus grand soin de leurs affaires; enfin ils
travailleront avec plus de force et de courage, quand ils verront que la
principale partie du profit qu'ils y feront leur demeurera. »
Pour penser ces choses, au temps
de Vauban, il fallait une grande intelligence et un grand cœur. Il fallait un
courage, peut-être plus grand encore pour les écrire. Ce qui en advint, en
fournit la preuve.
DERNIERS JOURS ET MORT DE VAUBAN.
Ce fut en 1707, que Vauban
publia et présenta au Roi le livre de la Dîme royale. Le grand homme était déjà
vu, par la cour et l'entourage du monarque, d'un œil jaloux et défiant. Il
passait presque pour un réformateur dangereux. Il avait à plusieurs reprises
émis certaines idées de réforme qui avaient vivement déplu. Il avait demandé
la conscription par le tirage au sort, l'uniformité des poids et mesures, la rédaction
et réunion en un seul livre des différentes coutumes, pour en faire la loi
commune à tous ; ce n'était ni plus ni moins, comme on le voit, que le résumé
de tous les grands progrès qu'a réalisés la Révolution de 89.
Le ministre Louvois avait voulu
le détourner de cette voie, qu'il considérait comme funeste et dangereuse pour
« l’ordre moral » du temps; et dans un moment d'irritation, il avait osé écrire
à celui qui portait le nom de Vauban, une étrange lettre dont voici un passage
:
« … Quant au mémoire que je
vous renvoie, lui écrivait le ministre de la guerre, afin que vous puissiez le
supprimer aussi bien que la minute, que vous en avez faite, je vous dirai que si
vous n'étiez pas plus habile en fortification que le contenu en votre mémoire
donne lieu de croire que vous l’êtes sur les matières dont il traite, vous
ne seriez pas digne de servir le roi de Narsingue, qui, de son vivant, eut un
ingénieur qui ne savait ni lire, ni écrire, ni dessiner. S’il m’était
permis d'écrire, sur une pareille matière, je vous ferais honte d'avoir pensé
ce que vous avez mis par écrit; et comme je ne vous ai jamais vu vous tromper
aussi lourdement qu'il parait que vous l'avez fait par ce mémoire, j’ai jugé
que l'air de Bazoches vous avait bouché l'esprit, et qu'il était à propos de
ne vous y guère laisser demeurer. »
On pouvait prévoir, dès lors,
l'accueil qui attendait le livre de la Dîme royale. Il fut accueilli, en haut
lieu, par un immense cri de colère et d'indignation. Contrôleurs généraux,
intendants de province, officiers de finances, leurs commis, leurs secrétaires,
leurs protégés, enfin toute cette armée de déprédateurs dont le nombre,
suivant l’expression du vieux maréchal a « était suffisant pour remplir les
galères du roi,» tout cela se voyait dévoilé et ruiné par l'apparition de
ce livre vengeur.
« Ce ne fut pas merveille,
ajoute Saint-Simon, si le roi investi, prévenu par les nombreux intéressés reçut
très mal le maréchal lorsqu'il lui présenta son livre. Dès ce moment ses
services, sa capacité militaire, unique en son genre, ses vertus disparurent
aux yeux de Louis. Il ne vit plus en lui qu’un insensé pour l'amour du bien
public, un criminel qui attentait à l'autorité de ses ministres, et par conséquent
à la sienne. »
Par ordonnance du 14 février
1707, le livre de la Dîme royale fut saisi, confisqué et condamné au pilori,
et à être brûlé de la main du bourreau.
Le malheureux maréchal, dit
Saint-Simon, porté dans tous les cœurs français, ne put survivre aux bonnes
grâces de son maître, pour qui il avait tout fait, et mourut, peu de mois après,
ne voyant personne, consumé de douleur et d’une affliction que rien ne put
adoucir, et à laquelle le roi fut insensible jusqu'à ne pas faire semblant
s'apercevoir qu'il eût perdu un serviteur si utile et si illustre. Il n'en fut
pas moins, célébré par toute l'Europe et par les ennemis mêmes, ni moins
regretté en France de tout ce qui n'était pas financier ou suppôt de
financier.
Telle fut la fin triste et cruelle du grand Vauban, de
celui quipersonnifie, nous,
pouvons le dire, la gloire la plus pure de notre histoire nationale. Victime de
l'ingratitude, de la vanité et de la sottise de Louis XIV, il est mort, comme
dit Saint-Simon « porté dans le cœur du peuple » qui ne séparera jamais de
l'admiration qu'il a conservée pour le grand homme, la reconnaissance qu'il
porte à celui qui fut le premier et restera, l'un des plus ardents défenseurs
de ses droits et de ses libertés.
Texte
signé : EM.G.
LES FÊTES D'AVALLON
Rien n'a manqué à la solennité
des fêtes d'Avallon, pour l'inauguration de la statue de Vauban. Les pluies de
la veille avaient cessé, les nuages du matin se dissipaient, et c’est sousles doux rayons d’un soleil d'automne, illuminant la scène,
empourprant les paysages enchanteurs qui lui servaient de cadre, que sont
apparus les traits du grand homme dont on honorait la mémoire.
Dès le samedi, la ville était
encombrée de visiteurs qui avaient bravé l'incertitude du temps. Dimanche,
vers midi, arrivait d'Auxerre un convoi aurait suffi à lui seul à faire une
foule. Il amenait, avec les personnages officiels, les députés de I'Yonne,
maires, conseillers généraux, et tous ceux qui s’étaient fait un devoir de
prendre part à cette sorte de fédération départementale.
La population avallonnaise s'était
de son côté, portée à leur rencontre, et la bienvenue était donnée par le
chef de la municipalité, M. Mathé, dont l'attitude digne, simple et modeste répondent
si bien au magistrat type républicain.
Vers deux heures, un cortège
partant de l'hôtel de ville allait chercher à la sous-préfecture les représentants
du gouvernement.
La cérémonie de l'inauguration
a commencé par un discourt de M.Raudot, président de la commission pour l’érection
de la statue.
La surprise et le succès ont été
pour les paroles éloquentes, émues, du général Doutrelaine, faisant vibrer
toutes les cordes patriotiques de l’assistance, et arrachant des larmes que
nous avons vu couler sur plus d'une barbe grise.
Mais il appartenait surtout an
maire plébéien de la ville d'Avallon de mettre en relief le côté le plus
grand peut-être de la gloire de Vauban, et c’est ce qu’a fait M.Mathé avec
une logique pleine d'élévation. C'est au nom du peuple à comme homme du
peuple qu'il a restitué à Vauban sa gloire la plus pure et la meilleure, celle
d'avoir étudié le mal social, d'en avoir gémi dans sa propre grandeur et
d’y avoir cherché remède.
Le discours de M. Mathé a été
accueilli aux cris chaleureux et fréquemment répétés de: « Vive la République
! »
Cette première partie de la
solennité a été complétée par une intéressante notice sur la famille et la
vie de Vauban, lue par un des héritiers de ce nom illustre.
L’accord plein de convenance
qui s’était établi dans la première partie de la journée, l’enseignement
moral que chacun avait tiré de cette grande mémoire évoquée, se sont retrouvés
dans les toasts du banquet.
L'éloquent général a eu une réplique
digne de son discours dans l'improvisation de l'honorable M. Guichard, buvant à
l'armée, et développant son texte avec une verve et une ampleur qui
rappelaient les plus beaux mouvements des orateurs les mieux inspirés.
L'hôte fêté entre tous et par
tous a été le colonel Denfert, l'héroïque défenseur de Belfort, dont
l'ombre de Vauban a dû saluer la présence à cette solennité. On avait célébré
le héros mort, Denfert l’a fait revivre en buvant à l’instruction du
peuple, qui fera les Vauban de l'avenir.
Après deux autres toasts
patriotiquement formulés et patriotiquement accueillis, de M. le préfet et de
M. le Général de la subdivision, le banquet s'est terminé par un discours de
M. Lepère, auquel il appartenait, comme président du conseil général de résumer
toutes les bonnes paroles qui avaient été prononcées; il a rattaché l’œuvre
de Vauban à la révolution de 1789 ; c’était la synthèse et la morale de
cette belle journée.
Si les visiteurs emportaient un
précieux souvenir de l’accueil si touchant qu'ils avaient reçu, les
Avallonnais devaient être fiers de l'empressement sympathique avec lequel on
avait répondu à leur invitation. MM. Ribière et Brunet étaient venus
retrouver, comme amis, ceux qu’ils avaient administrés, dans des temps
difficiles, sans rigueur et sans faiblesse.
La députation du département
était venue s'associer à ces fêtes qui ont continué pendant toute la journée
du lendemain, au milieu d’une foule aussi considérable, aussi sympathique et
aussi irréprochable dans les manifestations de ses joies patriotiques.
Extrait du journal L’Yonne de 28 octobre 1873.
SOURCE : texte signé : EM. G. Almanach
Historique et Statistique de l'Yonne- édition de l'année 1874-