Quand
en 1696 Vauban décrivait l’Election de Vézelay, un des qualificatifs qui
reviennent le plus souvent sous sa plume est l'adjectif " pierreux"
qu'il associe volontiers à " sec et aride". La nature des sols et des
sous-sols, la prégnance du calcaire sur ces zones bordières du Morvan,
autrefois lagunes côtières à l'ère secondaire, ont en effet fortement marqué
les paysages. L'élément humain fit le reste : « L'établissement
d'un système agricole représente souvent ce qu'il y a de plus durable dans
l'apport d'une civilisation... Tout paysage humanisé est le reflet d'une
histoire » écrivait en 1948 le géographe Roger Dion dans sa leçon
inaugurale au Collège de France. Et dans nos régions, la présence de la vigne
depuis l'époque gallo-romaine, entre autres facteurs ayant modelé le paysage,
ne fit qu'accentuer des traits auxquels la géologie prédisposait.
Photo
: Roland Brisset (Mailly le Château)
En
une époque présente où la réduction des surfaces agricoles est la règle, il
nous est difficile d'imaginer combien nos prédécesseurs eurent au contraire à
coeur de valoriser le moindre recoin, la plus inaccessible, la plus ingrate, la
plus reculée parcelle cultivable, et combien le seul mot d'ordre était le
recul des limites : limites des zones forestées, limite des zones empierrées,
pour occuper des climats dont la micro toponymie atteste encore de la nature
première que de " Perrières" ( Mailly la Ville, Blacy, Asquins, Arcy
), de " Laverons" ( Foissy ou de " Lavières" Sacy, Asquins,
Mailly la Ville, Joux, Tharot, Givry), que de "champs des Pierres" (
Cussy, Domecy/Cure, Domecy/le vault), de "Pierrotte" ( Pontaubert ) ou
de "Pierrelée" (Annéot)... Et les multiples " Murgers" !
N'allait-on pas, en plein XIXème siècle, jusqu'à
reconvertir, au prix d'un labeur manuel insensé, en terre arable, les bermes
abandonnées des sections déclassées de la route royale n°6 entre Vermenton
et Avallon ? Et cent ans avant, Rétif de la Bretonne atteste dans " La
vie de mon père" du souci de son géniteur et des habitants de Sacy et
de Joux de faire reculer les meurgers qui envahissaient plateaux et "côtats"
depuis l’expansion des vignobles monastiques au XlIème siècle. Six siècles
d'épierrage, de remontée de terres à la hotte, de plantation par provignage
"en foule", avaient engendré de monstrueux pierriers qu'on
proposait de raser en les utilisant à empierrer les routes en y affectant des
escouades de prisonniers gardés par la troupe. En l'an Il de la première République,
le citoyen Antoine Aubry, imprimeur officiel à Avallon et zélateur du
nouveau régime, reprit l'idée à son compte en préconisant d'occuper ainsi
utilement les prisonniers de guerre. C’est que ces "meurgers"
finissaient par devenir envahissants. Un proverbe d'Irancy, cité par Jossier
en 1882 dans le Dictionnaire des patois de l'Yonne, donne une version
basse-bourguignonne d'un adage connu :
" Les pierres vont toujours au meurgis"!
Une fois prélevées les grandes " laves" qui servaient à bâtir
et couvrir, restait une masse de pierraille informe que les paysans
entassaient à l'extrémité des parcelles. Parfois parementés pour pallier
l'effondrement prévisible de ces masses pyramidales ou en cordon les
meurgers font désormais partie du paysage entre Yonne et Cure, au même
titre que d'autres vestiges. Du paysage et du patrimoine. Refuges de
quelques espèces calcicoles, encrêtés des aigrettes du séneçon, ou des
sénevés jaunes, rubéfiés par les lancées du liseron rose, les meurgers
sont désormais à la merci des entreprises de granulat, tandis que dans les
champs les broyeurs ont résolu définitivement le problème de l'épierrage,
faisant disparaître en même temps les fossiles, voire les vestiges archéologiques.
Car nos meurgers, indatables en dehors du contexte économique qui suscita
leur édification, prennent souvent appui sur des vestiges plus anciens.
Photo
: Bernard Fèvre (Guillon)
Difficiles,
voire impossibles, à changer de place, ils ont suscité ce qu'on pourrait
qualifier de "paysage fixé", comme le sont en d'autres régions
les paysages de "faîsses" ou de "restanques", ces
terrasses lisibles dans le midi, des siècles après leur abandon. Si l'on
accepte qu'ils naquirent avec la viticulture monastique, ils ont donc au
moins mille huit cents ans pour certains ou pour le coeur de certains. Se développant
en périphérie des clos, ils ont pu être organisés, comme l'a suggéré
naguère l'Abbé Lacroix, pour donner accès à des parcelles d'accès
difficile. Terrasses, soutènement, escaliers les complètent, permettant
aux vignerons et aux "hotteux" d'accéder. Ajoutons que les
paysages viticoles ont toujours fait exception aux règles de la liberté
agraire d'ancien régime et du pacage libre : la circulation d'animaux
est préjudiciable à la vigne, le système des champs assolés ne s'y
applique jamais, la règle étant au contraire la restriction d'accès, y
compris aux propriétaires en période de maturation avant le ban.
L'aspiration individualiste du vigneron trouvait son compte dans
l'utilisation des déchets pierreux aux fins d'enclosure. Parfois
soigneusement parementés, les meurgers témoignent d'un art de construction
désormais perdu : l'édification à sec, sans autre liant qu'un peu de
terre. Vignerons, mais aussi carriers, et récemment cantonniers maîtrisaient
ces techniques. On a parlé à leur propos d'auto constructeurs pour
signifier l'absence de recours à des professionnels de la maçonnerie.
On
ne connaît pas dans notre région de ces "prixfaits", contrats
devant notaires par lesquels des paysans faisaient marché avec un maçon,
comme on en trouve par exemple dans le Gard. Pourtant outre les meurgers,
les aménagements sont parfois complexes et somptueux: l'expression la
plus achevée en est à coup sûr les "loges" de vigne, mais
aussi de carriers, de bergers, de cantonniers, mettant en oeuvre une
technique délicate : la fausse voûte en encorbellement. Ces petites
constructions, dans nos régions elles restent de dimensions modestes, de
la simple guérite, à la maisonnette, servaient de remise à outils ou
retiretout, d'abri pour la "marande" ou contre les intempéries,
de réserve de "paisseaux". Ces constructions se retrouvent dans
toutes les zones où affleure la pierre, y compris non calcaire : mais
c'est surtout l'est, le centre et le sud de la France qui les connaissent
sous une multitude d'appellations. En Bourgogne, cadoles mâconnaises,
cabordes des tonnerroises et auboises, borniottes, cabottes, cabiottes...
En Avallonnais, le terme de "loge" ou "louège" semble
prédominer ( un climat de Précy le Sec se nomme La Loge) avec un terme
qui se retrouve en Berry et dans le Cher.
Photo
: Jean-Claude Rocher (Mailly la Ville)
Relativement
fragiles du fait de leurs techniques- les laverons sont posés en équilibre
avec un dévers- et en l'absence de charpente, ces cabanes sont aujourd'hui
en danger, encore plus que les meurgers. Parfois elles s'y appuient, voire y
sont incluses, parfois elles se présentent isolément, plus ou moins enterrées,
accessibles directement ou par des couloirs. Leur datation reste problématique,
encore qu'aucun exemplaire ne comporte d'éléments datés ( linteaux, piédroits
) comme dans d'autres régions où les plus anciens édifices remontent au
milieu du XVIlème siècle. Les aménagements restent sommaires, voire
frustes : banquettes, placards, niches destinées souvent aux
allumettes et à la salière ( dans un os creux ) parfois un foyer ou une
cheminée, quelques fenestrons en forme de meurtrière pour éviter les
courants d'air, quasiment jamais d'huisseries et très rarement des points
d'eau ( comme à Monthelon, prés de Montréal. L'imbrication des vestiges
d'origines, d'époques et de destinations diverses rend leur datation encore
plus délicate : activités pastorales, parfois très anciennes, agricoles,
voire défensives, se mêlent en une imbrication génératrice de confusion,
d'ambiguïtés. Des sites de hauteur, Mont Libeuf de Saint Père, Montfaute
de Guillon, Montapot d'Arcy, ont été réutilisés au fil des siècles.
Lapinières, taissonnières ont contribué à mélanger les quelques
marqueurs possibles, silex, tessons. Aucune étude archéologique sérieuse
n'a d'ailleurs été tentée, ce type de vestiges « rnineurs »
n'ayant suscité que le mépris ou l'indifférence des professionnels, peu
sensibles au paysage lithique hors des sites classifiables. Et pourtant là,
" la beauté existe... Celle du moindre cabanon à outil dans la vigne
" (Francis Ponge Pour un Malherbe.) Le terme de meurger a été adopté
ici par commodité. Il est d'ailleurs localement plutôt prononcé "
meurgis", Robert Cornevin et Maurice Boujat citant même "meurgis'
pour désigner une réunion de meurgers. On trouve de multiples variantes
tant orthographiques que phonétiques: Rétif utilise indifféremment merger,
meurger, murger, meurriée. En l'an Ill, Aubry se sert de meurger, terme qui
dominera ensuite. Mais on trouve encore murget, murée, meurée, meurrier...
Certains auteurs désignent par ce dernier terme les vestiges antiques en
les distinguant des épierrement modernes ou mergers ( Mégnien, en Saône
et Loire ) ; chez d'autres c'est affaire de parementage ou d'entassement en
vrac. Roupnel utilise le terme murée. Un lieu-dit de Saint Brancher dans le
canton de Quarré est appelé la Meurée. Sauvigny le Beuréal possède
« une source des Murgers », Savigny en Terre Plaine ou Santigny
ont des Meurgers, l'Isle sur Serein un Meurger Beursin, Coutarnoux un Meurgé,
Joux un Meurger Meulon, Annéot un Meurger du Rhin. Séparant Brosses de Châtel-Censoir,
on note le murger de Bellevue. Et l’Abbé Parat notait à Lucy le Bois un
site des Meurgers, recelant des tumulus et cité dés 1740. Même connexion
au Merger au Roi entre Surgy et Andryes.
Le terme n'a d'ailleurs rien de local. Dérivé du bas-latin « muricarius »
ou tas de cailloux ou de coquilles, il se retrouve en d'autres régions,
comme le Val d'Oise. Pergaud en fait le cadre d'un de ces contes
franc-comtois dans « de Goupil à Margaux » : la conspiration du
murger. Et B. Clavel, autre franc-comtois l'utilise fréquemment. Le terme était aussi lié en région
parisienne aux anciens vignobles : ainsi Maisons-Laffitte possède une rue
du Gros-Murger. Sans compter les légendes engendrées par de tels
amoncellements de matériaux. La Roche en Brenil connaît une légende du
Poron-Murger. Et Clément-Janin recueillit en 1884 à Gemeaux en Côte d'Or
une légende de vouivre gardant un trésor Templier au Merger aux Fosses.
Pierre HAASE
Notes :
Meurger
: tas d'épierrement ( ou meurgis )
Côta :
côteau, pente cultivée ( ou coûtat)
Provignage
: technique de reproduction de la vigne consistant à coucher dans une fosse
un sarment pour le faire marcotter.
Foule
(en) : plantation sans ordre, sans alignement.
Lave
: plaque de pierre calcaire servant entre autres à couvrir les charpentes
(ou laive) Marande : repas du midi
Le Littré donne la définition suivante du mot meurgers :
MURGER : terme provincial, monceau de pierre de toute nature.
En Brie et en basse Bourgogne on dit MERGER.
On dit aussi MURGER et MEURGER
Cette enceinte est formée dans les restes d'un murgier fait de moellons
de craie, dont une grande partie subsiste aujourd'hui...
Péronne 1876 p 11 Histoire du XIIIème siècle : "Les entrées dou borc estaint closes de murgers ( tas de pierres)."
Histoire occidentale des croisades Tome II p404, XIVème siècle.
"Lequel Vallet ainsi mort, ledit Nicolas l’eust fait tragner aus champs et fait enterrer et couvir en un meugier de pierre."
Dans l'Yonne:
Déja Restif de la Bretonne donnait, dans "La vie de mon père " en 1778, des informations sur les techniques de
parementage des murgers de Sacy. Le mot meurgers ou murgers est utilisé dans notre région pour dénommer différents types de construction en pierre sèche : de la cabane de vigne classique et bien connue au enceinte de pierre, sorte de chemin de ronde autour d'ancien castrum, parfois long de plusieurs kilomètres, substructures agricoles, limite parcellaire, tas de pierre dû à l’épierrement, ré-utilisation d'anciens vestiges archéologiques, tour de gué, abris, ermitages, refuges des populations lors des invasions, nombreuses dans nos vallées, ou encore véritable habitat rural semi-enterré, parfois avec plusieurs pièces, cheminée, couloir d'accès... Et la liste n'est pas close!
Dans le Tonnerrois existent aussi des cabottes, ou caillebotes, cabanes de vigne en pierre et liant, charmantes, un regain d'intérêt les sauvent de l'oubli. On en construit même, cela est induit par la renaissance de la vigne dans ce territoire. On voit donc la diversité de ce terme générique, qui a lui seul indique plusieurs sens. On ne parle pas des murs montés par les prisonniers de droits communs, sous Napoléon III. Toutes ces réalités induisent confusion et méconnaissance.
En France:
D'autres termes traverseront les âges et les régions, nous tenterons d'en livrer quelques uns des plus connus comme les cadoles, capitéles ou encore bories.
L'appellation regroupe différents types de structures, on l'a dit, c'est pourquoi leurs origines divergent. Sur un même site comme à Mailly le Château on peut voir côte à côte des vestiges d'un tumulus de l'âge de fer et des épierrements de cabanes de Vignes. C’est pourquoi la confusion est grande. Il convient de noter que des zones concernées mériteraient un relevé systématique pour éviter l'éradication de ce témoignage ancestral de notre culture au sens large. L'exploitation de ces données, voire des fouilles archéologiques permettraient, une bonne fois pour toute, de signifier avec les moyens actuels des connaissances la datation de ces constructions si différentes les unes des autres. L'intérêt pour ce patrimoine bâti sans doute le plus ancien de notre région ne fait pas l'unanimité. Les raisons en sont l'ignorance, la négligence et les intérêts financiers de l'exploitation agricole que l'on ne peut nier. Il va de soit que les amoureux du territoire se sentent impuissants devant la destruction des sites en question lors des remembrements, ou une augmentation de capacité d'exploitation, en passant le bull de plus en plus loin, il y a donc matière URGENTE à donner la priorité à la prévention et à la reconnaissance de cette richesse.
Le juste milieu est déjà une notion dépassée, il y a péril en la demeure pour les habitants qui voient d'années en années la démolition des meurgers faire partie de leur quotidien. Le souhait des amoureux de l'authenticité de leur pays dans le respect de l’environnement est la défense " au moins" des zones non problématiques : fond des bois, friches... Ce qui implique une réglementation des arrêtés, un classement de protection et des hommes pour défendre ces meurgers !
Les pays de vignes sont les terrains privilégiés de ces abris, c'est encore des louèges, plus proche de nos loges, dans le pays des capitèles. Les cadoles ont servi parfois à abriter des ermites au XVIIIème siècle comme certaines de nos grottes ( Ravereau par exemple). Quant aux aggéres ou cabanes de Hallstat elles semblent bien exclusivement icaunaises...
Les cultures qui se sont succédées comme dans la région d'Arcy sur Cure, quasiment sans interruption, depuis le Paléolithique ancien jusqu'à nos jours déroulent l'impressionnant cortège de leurs témoignages. Chaque butte est couronnée de murets et de tumulus. Ces ensembles architecturaux sont dénommés
"aggères". Si la plupart des tumulus ont vocation funéraire, les murets sont plus énigmatiques : s'agit-il de soubassement défensif de bordures de fonds de cabanes ou d'enclos à bétail ? « 530 tumulus et une soixantaine de murets ayant sept kilomètres de développement disposés sur une surface de 100 hectares environ » ont été recensés par l'Abbé Parat.
Les loges sortes de meurgers épars dans les collines sont donc parfois structurées en murets bordant les chemins délaissés. Quelques rares graffitis permettent de penser que ces édifications les plus septentrionales de France ont cessé et que leur savoir faire s’est perdu un peu avant 1900.Comment construisait-on ces sortes d' igloos parfaitement imperméables à la pluie ? Aucun liant, aucune pièce de bois n'y est jamais employé. Ces contraintes ont été prises en défaut, parfois il reste des traces de constructions abandonnées au moment délicat de l'achèvement de la voûte. Mais d'où vient cette pierre ? Rappelons que près de là la plus importante carrière à sarcophages de France a été mise à jour...
Suivant les régions de France, mais aussi en Grèce, en Italie, en Sardaigne ( où on parle de nuraghi), les vestiges lithiques trouvent leurs "mots pour le dire".
En France certaines régions ont cherché à aller plus loin, en préservant, en restaurant, en classant les sites ou même, en ouvrant au public des sentiers destinés aux curieux, comme dans l'Hérault avec le "Chemin des Capitèles ".
Des scientifiques, des passionnés ont créé, des Associations, qui informent et redonnent vie à ce patrimoine. Dans certaines régions, l'origine de ces vestiges lithiques est parfaitement connue car leur processus de fabrication est spécifique, à une époque.
Dans le Périgord on retrouve les traces de ces vestiges dans le Haut Quercy. L’épierrement parementé remonterait au XIXème siècle dans cette région, mais des ouvrages lithiques existants ont été remaniés, au cours des trois derniers siècles; cela
est attesté.
En Dordogne certaines cabanes sont classées depuis 1992 à l'inventaire des sites et monuments historiques. Un programme européen associe dans le parc régional du Lubéron, Bonnieux et Zagori
en Grèce, Corsanou en Italie, Malloica en Espagne.
Un centre d'Études et de Recherches sur l'Architecture Vernaculaire existe avec son site Internet particulièrement riche et intéressant, avec de nombreux liens, le mot clé en eu ~ PIERRE SECHE.
Dans l'Aube douze cadoles champenoises à Courteron forment un circuit de huit kilomètres, une Association fait vivre ce riche témoignage du travail dans les vignes.
Un musée existe également en Dordogne à Dagnan c'est la Maison de la Pierre Sèche. Des collectionneurs achètent même des photos, cartes postales sur le sujet !
En Bretagne on restaure les caves de Ploerdut en pleine nature semi-enterrées...
D’autres appellations tintent à nos oreilles : gariottes ou cazelles, noms donnés dans le Lot. Les termes provençaux ne manquent pas... Les Bories sont des sortes de bergeries en pierres sèches attribuées à tort aux gaulois, leur origine est bien plus proche de nous !
Les métairies et bâtiments agricoles abandonnés deviennent : Chazeaux en Auvergne, et les ruines de villages entiers et hameaux abandonnés en pierre tentent d'être réhabilitées comme au Camp des Chazaloux ou les ruines de Ville-Vielles, commune de Saint Pierre le Chastel ( cela ne s'invente pas !) Puy de Dôme.
On trouve encore le mot cases dans la Loire, et des chambres sépulcrales couvertes d’encorbellement simple.
Il existe des ouvrages traitant sur les vestiges lithiques d'origine agricole.
L'intérêt que constituent ces véritables pièges à chaleur, que sont les meurgers, est indiscutable pour certaines espèces faune- flore.
La barrière récifale, qui fait l'originalité du nord de l'Avallonnais, permet la prolifération d'une population tout à fait particulière dans notre région. La nature de ses sols n'est en rien indissociable à la préservation des meurgers. Les bocages subsistants sont un gage de qualité de l'eau, en tant que véritable château d’eau naturel. Les murs et talus qui mesurent parfois trois mètres de hauteur s’opposent au ravinement. Les reptiles trouvent un terrain propice à leur maintien dans le micro-climat ancestral. Les terres les plus pauvres des finages communaux riverains de l'Yonne et de la Cure, par exemple au sud de Cravant, avaient jusqu'ici gardé l'empreinte d'une occupation vigneronne et pastorale, plusieurs fois millénaire, voire préhistorique, ce qui avait un impact non négligeable sur leur présence, en dehors de la nature du terrain. Les chasseurs savent bien qu'il s'agit aussi de refuge à gibier.
Victor Petit dans son descriptif de l'arrondissement d'Avallon parle déjà de couvertures de laves et de belles murailles défensives en pierre sèche ou jointoyées de glaise crue des villages du XVIème siècle.
Le travail de sensibilisation continue. Une réédition du diaporama montré à Bessy-sur-Cure en 1998 a été faite à Avallon en liaison avec les Guides de Pays et le Comité Avallonnais des mergers malheureusement relaté d'une manière pour le moins fantaisiste dans l'Yonne Républicaine.
Les échanges générés par ces réunions nous ont de plus en plus convaincus du caractère exceptionnel, qualitativement, quantitativement et du fait de leur diversité, des structures aux abords de l'ensemble Yonne-Cure.
Et pourtant, pas de protection ou de mise en valeur, pas de fouilles ou recherches officielles pour démêler le caractère de défenses, d'habitats ou refuges, de structures funéraires protohistoriques, d'enclos ou de simples épierrements et cabanes, malgré l'exemple édifiant du sud de la France sur des sites similaires. Toujours un calme très plat au niveau des élus, de la DRAC ou de la DIREN dont profitent encore les aménageurs forcenés de paysages lunaires sous forme de champs de céréales démesurés.
Consultons le site internet « Pierres sèches » d'une richesse stupéfiante pour le Card, l'Hérault, le Lot etc... face à l'absence de la Bourgogne !
Lisons le Littré faisant état des mergers ou murgiers du XIII et XIVème siècle. Redécouvrons les comptes rendus de la Société des Sciences et notamment celui de 1928/29 sur la fouille de mergers à Mailly-le-Château où on dénonçait déjà ce qu'on avait trop tendance à qualifier uniquement de produits d'épierrements (argument bien commode pour effacer des édifices relevant du patrimoine archéologique, voire en faire un commerce et ceci preuves à l'appui: sépultures, bijoux et ornements en fer et bronze apparentés à tous les édifices du continent européen y compris kourqanes du sud de l'Oural ou de l'Altaï.
N'oublions pas le travail de l'abbé Parat dans le dénombrement et la fouille des tumuli...
Quelle que soit l'origine de ce qui structure et identifie nos paysages de Basse Bourgogne, nous ne pouvons accepter désintérêt, dénigrement sans preuves et disparition de ces témoignages de l'activité humaine y compris, bien entendu, celle des générations de vignerons de l'époque gallo-romaine jusqu'à nos grands-parents.
J.C.Rocher
NOTES:
murger
/mur-jé/ s.m. Terme provincial. Monceau de pierres de toute nature./ En Brie et en basse
Bourgogne on dit merger. R. On dit aussi murgier et meurger. Cette enceinte est formée par les restes d'un murgier
fait de moellons de craie, dont une grande partie subsiste encore aujourd'hui, Peigné
Delacourt, J. César, ses itinéraires en Belgique, etc. Péronne, 1876, p.11. H. XIII è s. Les entrées
dou borc estoient closes de murgieres [tas de pierres], Hist.occid. des croisades, t.II, p. 404./ XIVe s. Lequel vallet ainsi
mort, ledit Nicolas l’eust fait trayner aus champs, et fait
enterrer et couvrir en un murgier de pierres, Du Cange, murgerium.
Le paysage, fait de friches, pelouses sèches, taillis de chênes rabougris et pins noirs, abandonné par les cultures, tranche sur les zones encadrantes où le remembrement a fait table rase du passé.
D'énormes tas de pierres plates calcaire (lave) organisées en bandes séparant souvent d'anciennes vignes, soutenus en pied par des murets soigneusement édifiés, et généralement, attenantes ou incluses, des cabanes faites des mêmes pierres servaient d'abri au vigneron ou au berger, assis auprès d'un feu de javelles (sarments). Des inscriptions au crayon ou à la pointe du couteau en témoignent.
Ces "cabanes de mergers" construites en "tas de charge", comme les bories du Vaucluse, dont les plus anciennes remontent probablement au XVIIème siècle sont souvent effondrées du fait de vandalisme plus que de vétusté. La disparition récente de la plupart résulte de l'utilisation de leurs pierres et de celles des mergers pour les empierrements et remblais.
Ces ensembles, mergers, murets, cabanes, enserraient les vignes (Clos ou clous) en créant un piège à chaleur propice naturellement au mûrissement mais aussi au développement de toute la faune et flore qu'on trouve habituellement sous des climats plus méridionaux.
L'énormité de certains mergers est impressionnante. Ils sont assisés sur des zones débarrassées de leur précieuse terre végétale, laquelle est venue rejoindre celle soigneusement épierrée des zones cultivées lors du "défonçage" (à la plantation de la vigne) mais aussi lors de piochages saisonniers.
Aux liens dits Les Lavières, sur les Clous, les Grands Vignes ou Vaux
Peurjous, ces volumes de pierres liés au parcellaire infiniment divisé par les héritages (les bandes de 2 à 3 m correspondantes à 2 ou 3 perchées de vigne) témoignent du labeur d'une population essentiellement vigneronne jusqu'au phylloxera.
Certains mergers recouvrent des édifications plus anciennes que la vigne (pourtant arrivée au haut moyen âge) et notamment des tombes néolithiques. La proximité de la voie romaine
(d'Aggrippa) à moins d'un kilomètre, fait qu'on peut aussi se demander si certains murs parfaitement édifiés ne sont pas en rapport avec celle-ci.
De même, on sait qu'ils servaient de limites de propriété mais aussi d'enclos pour les troupeaux. Certains n'ont-ils pas été initialement construits pour cet usage avant l'apparition du vignoble ?
En résumé, ce site, en abritant gibier, faune et flore sauvage, relique des paysages de basse.
bourgogne, est riche à la fois des réponses qu'il nous donne sur l'organisation de la vie rurale
jusqu'au vingtième siècle mais aussi et surtout des questions encore en suspens à ce sujet. Il
mériterait probablement, rien qu'à ce titre, outre ses qualités propices au gibier, d'être un but
de promenades et de randonnées plus fréquenté et faire l'objet d'études et de protection
particulière.
Pierre
HAASE : Dans le peloton de tête des spécialistes des cabanes de vignes
et de la pierre sèche en France. Auteur de très nombreux textes, relevés,
recherches... Disponible et sensible à tout ce qui touche ce domaine,
particulièrement dans l'Yonne, où il a des attaches à Asquins.
Jean
Claude ROCHER : Alerteur éternel des risques pour l'environnement qu'il
connaît et protecteur de ce qui peut-être sauvé, malgré les
bulldozers... Partie prenante grâce à des photos, textes et conférences.
Investi de responsabilités d'élu municipal et associatif.
Bernard
FEVRE :Considéré comme "trop" passionné pour certains, il a
le mérite de faire un travail d'inventaire méthodique dans le secteur de
Guillon et de "questionneur" auprès des autorités. Les réponses
d'érudits "officiels"ne sont pas toujours là, lui oui !
Claude
LIGER : Bien connu pour ces actions sur le site de Cora, dans la vallée
de la Cure, il travailla, entre autres sur le répertoire des loges, sortes
de cabanes en pierre sèche. Il a acquit une connaissance globale sur l'évolution
de cette zone, au niveau humain et patrimoine bâti.
Guy
DEMANCHE : Historien local, cet enseignant à la retraite a battu la
campagne avec Daniel Delaunay et a trouvé dans les bois de Châtel-Censoir
des restes en pierre sèche curieux. Il ne trouva pas de réponse
satisfaisante à sa rationalité. Les deux amis constituèrent donc un
inventaire rigoureux du site et une riche collection de photos.
Roland
BRISSET : Amoureux de la nature, cet ancien instituteur mailly-castelois
pris son bâton de marcheur pour se rendre compte sur le terrain. Il
inventoria méticuleusement sur cartes IGN les traces visibles, celles
dont on lui a parlé, classifie par intérêt pour les autres curieux,
dans un esprit de vulgarisation exemplaire...
Josiane
MAXEL : La petite dernière dans le coin, elle s'enthousiasme pour ces
tas de pierres et met à disposition ses connaissances en matière de
communication, presse, site Internet, pour faire découvrir ce patrimoine
méconnu, qui donnera peut-être naissance aux Routes des Meurgers dans
lAvallonnais.
Et
il y en a d'autres... Comme ces anciens aux mille anecdotes, dont celle-ci
à Irancy où un aîné avait trouvé, gosse, une pièce sur un meurger,
énorme; la fait expertiser et garde religieusement : c'est un "jeton
allemand du Moyen Age" ! Cet ancien habitant de Sacy qui inventoria
et photographia les "siens", tombant sous le charme, son épouse
en pris modèle pour source d'inspiration dans des représentations
picturales. Ou encore cet agent ONF qui se mobilise pour le POS de son
village près de Vézelay...
REPRODUCTION INTEGRALE DE LA BROCHURE
:
LES MEURGERS (ou MURGERS) Habitat rural en Pierre sèche;
( Avec l'autorisation de Madame Josiane MAXEL (
Présidente de l'Association des Guides de Pays de la Vallée de L'Yonne
)
Brochure -parue en 2001- réalisée et éditée et
imprimée par l'Association des Guides de Pays de la Vallée de L'Yonne
5, Chemin des Clercs 89660 Mailly le Château (Tél : 03 86 81 15 67
)
(
Brochure
réalisée en partenariat avec le Comité Icaunais des MEURGERS et l'aimable
participation de Pierre HAASE et Jean Claude ROCHER )
(
Les textes et les photos reproduits dans cette page sont sous copyright de
leurs auteurs respectifs )
Pour tous renseignements concernant
le programme des balades-découvertes :