|
1.
«...Vers la Liberté... ? »
Ne pas déflorer le récit de Maurice DEVILLAINE ? ce récit
d'épisodes tragi-comiques souvent vécus au jour le jour par une
«jeunesse » fortement marquée par la guerre, la rudesse d'un autre
temps, d'un autre monde aussi!
Les pièces justificatives jointes à tout cela par la main de
Paulette, « sa » Paulette, la mienne aussi, petite soeur devant Dieu,
devant les hommes, ne sont là que pour l'authentifier !
Maurice, jeune mécano, à peine sorti d'apprentissage, se voyant «
investi d'une mission de a confiance, en juin 1940... convoyer vers
Bordeaux les archives d'une antenne auxerroise de la maison HOTCHKISS
repliée par là, au moment de l'exode !
24 juin, un arrêt à Aurillac, puis Toulouse et Tarbes. L'Armistice
met fin à ce drôle de voyage forcé. M. LATOUR récompense Maurice pour
avoir accompli sa mission : il lui verse trois fois sa paye. Puis il lui
souhaite bonne chance. La chance, est-ce qu'il en a vraiment ?
Il passe sa première nuit sur le parvis de la gare de Tarbes,
parmi les réfugiés. Le travail ne manque pas à la ferme de M. CORREZE à
Lortet, à côté de Lourdes. Maurice trouve travail, logement et
nourriture.
Maurice écrit à Champs et espère une réponse. Enfin, le 10 août
une lettre passe la ligne de démarcation et l'invite au retour. M.
CORREZE lui offre un vieux vélo. Notre Maurice traverse la France en
compagnie de deux Belges, tentant eux aussi de regagner leurs pénates...
Maurice arrivant au chef-lieu, invite ses compagnons d'« infortune à
aller manger un bifteck chez la mère PLAISIR, avant de se quitter... Oh,
la Mère PLAISIR !... Tout cela avant de réintégrer le domicile familial
à l'autre bout de la ville, où sa mère forte et maîtresse femme
l'accueille par ces mots. « Ah ! te voilà mon petit gars, tu tombes
bien ! Il y a un tracteur en panne... et la voiture aussi. » Sur quoi,
Maurice se rebiffant pense : ah non ! pas tout de suite, je vais à
Champs...
Champs où habite sa Paulette qu'il n'a pas vue depuis... Mais
comment se présenter chez les parents de la Belle... ?Alors que l'on
n'est même pas « prétendant officiel » encore moins «fiancé » ? Mais
l'astuce des copines aidant, le bouche à oreille aussi, Paulette va
s'esquiver pour rejoindre son Maurice qui erre dans les rues du ...
village !
Oh! Maurice, Maurice, « Père la Goupille », le bien nommé...
Maurice aux poches receleuses de mille trésors, aptes à resserrer le
robinet qui fuit, la serrure qui geint... Maurice, passionné de
mécanique et surtout d'aviation, toujours curieux de ce qui peut se
passer; à la ferme des Isles, le terrain proche de chez lui...
Maurice créant avec des riens, des bricoles récupérées à droite et
à gauche, des modèles réduits de charrue à vendange, une presse à paille
«qui marche » pour l'émerveillement des petits... et des grands... !
Maurice partit trop tôt, trop vite, à la suite de son « petit
gars » qui était toute sa fierté... Laissons aux lecteurs de ce petit
opuscule le soin de le feuilleter en pensant à un bon ouvrier, un bon
père, un bon époux, un excellent copain.
Jacqueline SAUMUR Qui fut sa première «
Demoiselle d'honneur » ... en ...1942
Octobre 2001
2.
Vers la Liberté - Histoire
vécue en Auxerrois - 24 Août 1944 - Libération d'Auxerre.
Depuis le 6 Juin 1944, le souffle de la liberté nous redonne
confiance. De Londres, le Général de Gaulle nous dévoile l'ampleur
prodigieuse de cette «Armada» qui vient de débarquer en Normandie.
Toutefois, la peur se mêle à l'espoir.
Dès 1941, je travaillais avec
mon frère, sous le contrôle de l'Occupant. Nous étions réquisitionnés
par le « Ravitaillement Général de l'Yonne » pour le pressage des
pailles et fourrages, par ordre de l'Intendant Directeur Général: G.
RÉMY.
Nous avions
construit, fin 1940, deux presses à paille. Les ballots de paille, plus
compacts que les gerbes des botteleuses de nos battoirs, intéressaient
les autorités allemandes. Ils leur servaient de protection contre les
balles de mitrailleuses. Ces ballots, traités, étaient expédiés sur le
front russe... après avoir été blanchis... camouflage d'hiver ! ...
Pour les Allemands, il fallait fournir toujours davantage (Voir
instructions pièce n°3759/DT 2 en date du 30 mars 1944). Pour la
Résistance, il fallait s'arrêter. (Voir tract reçu dans les mêmes
moments).
Pas facile de manoeuvrer entre ces deux pressions contradictoires,
d'autant que les menaces de sanctions y étaient également sérieuses et
préoccupantes.
Fin Avril 1944, une de nos presses a été détruite par le feu, rue des
Prés Coulons à Auxerre.
Plus tard, à Orgy, nous avons échappé à un véritable carnage. Voici
les faits : nous pressions, par jour, environ 15 tonnes de paille ou de
fourrage amenés là par des cultivateurs des communes de Lindry, Escamps,
Charbuy... Ils attendaient avec leurs charrettes, leur tour de passage
et aussi le contrôle de mise en route. Au cours de ce contrôle, je
découvre des pains de « Plastic » sur les collets du piston, placés là
pour la destruction de la machine. Mais, le fil conducteur fut coupé.
Heureusement ! Car hommes et chevaux, massés autour de la presse,
n'auraient pas pesé lourd dans l'explosion.
Par la suite, les deux hommes affectés à la réception des gerbes et
au pesage des ballots n'avaient plus la même ardeur au travail et,
chaque matin, la visite était plus scrupuleuse.
Je revois encore les effets de l'incident sur la basse-cour de la
ferme où nous étions installés. Les poules, qui avaient l'habitude de
venir picorer autour de la machine, se mirent à avaler les morceaux
d'explosifs que nous avions jetés épars dans la cour. Aussitôt, les
pauvres bêtes faisaient des bonds inhabituels, battaient précipitamment
des ailes, tournaient sur elles-mêmes, puis s'abattaient sur le sol.
Nous en étions désolés n'ayant pas pensé qu'elles pouvaient s’en
régaler.
En 1944, à 20 ans, je suis entrepreneur de pressage. Bien jeune,
direz-vous ! et pourquoi pas? puisque réellement j'en ai 22 et que
j'aurai dû, bien docilement, répondre à l'embauche du Service du Travail
Obligatoire, en date du 18 novembre 1942, pour donner un coup de main à
l'effort de guerre de la Grande Allemagne.
Si j'échappe au travail obligatoire (S.T.O.) c'est grâce à la
maladie. Le fameux tracteur Massey-Harris fait tourner la batteuse et la
presse à paille. L'essence est vendue par ticket et distribuée par le
génie rural sous contrôle allemand. Un gazogène, de marque Komett,
acheté aux Etablissements NICOLAS, nous est utile. Le bois brûlé ne
remplace pas malgré tout l'essence et ne donne pas le même rendement,
mais...
Il faut remplir la marmite et la vapeur qui se dégage est pénible à
respirer. Le coeur et les poumons en prennent un coup. Il faut donc
arrêter le chauffeur. Le Docteur Mion se fâche et fait comprendre à mes
parents et à mon frère, mon aîné de dix ans, qu'il me faut un mois
d'arrêt.
« C'est trop long, dit ma mère, il faut que la maison tourne. »
À chaque recensement mes radios m'éviteront le travail en Allemagne
mais pas la réquisition en France.
Devenu travailleur indépendant et muni d'une fausse carte d'identité,
fournie par Monsieur ANTIER (Groupe Chevreuil), cela me permet de
travailler en France sereinement (il faut le dire vite) sous les ordres
et à la barbe des officiers allemands, pour la même Grande Allemagne.
Cependant du 15 au 20 août 1944, en pleine période de battage, la
pression de la Résistance s'accentue jusqu'à devenir un ordre
péremptoire : NE BATTEZ PLUS!
Alors, il faut multiplier les prétextes pour ralentir le travail,
puis arrêter la batteuse, la vapeur par une panne irréversible ; elle
attendra, sage et bien bâchée, sur la place de Monéteau, la fin des
événements, pour reprendre son activité.
Mais, le 22 août, arrive aux ateliers Monsieur MOREAU, maire
d'Auxerre, accompagné d'un officier allemand, attaché au bureau du
Ravitaillement. La ville d'Auxerre manque de pain, faute de farine,
après le bombardement qui a endommagé le Moulin du Batardeau. Il m'est
demandé de transporter le blé battu chez notre dernier client, Monsieur
CHAMEROY, jusqu'à l'autre moulin situé route de Vaux. Celui-ci est
devenu Le Paradisier.
« Combien as-tu battu ? me demande Monsieur MOREAU
- 80 quintaux, répondis-je.
- Tu prendras une remorque chez GUILLIET et, pour t'aider, trois
garçons des camps de jeunesse. » Ordre est donné... Marcel sera des
nôtres.
Puis, cordialement, il ajouta :
« Courage... à bientôt et envoie-moi ton compte-rendu. »
Malgré la chaleur, la journée du 22 août se passe assez bien.
Rendez-vous est pris pour le lendemain 23 août.
L'étau des armées alliées se resserre. Si les nouvelles sont bonnes
pour nous, pour les Allemands, cela commence à mal tourner.
Pour la dernière fois, en ce soir du 22 août, et comme chaque
semaine, un capitaine allemand vient téléphoner à la maison.
Cela fait bien au moins trois mois que nous l'entendons demander
l'inter et s'entretenir avec son interlocuteur en notre langue, un
français pur et sans accent. Il ne parle que de fleurs. Ce soir-là son
ton est plutôt gai. En payant, toujours largement, il nous souhaite
bonne chance et une vie meilleure en tapotant la joue de ma petite
Jocelyne.
« Vous comprenez, nous dit-il, en ce qui me concerne, je ne
reviendrai plus, ma mission est terminée ».
Nous n'avons jamais percé le mystère de ces communications, ni du
personnage lui-même. L'armée allemande avait-elle, elle aussi, sa
cinquième colonne ? ?
La cinquième colonne, tout simplement l'espionnage : des indicateurs
implantés dans tous les domaines pour observer les plans stratégiques en
épiant faits et gestes de la population afin d'en informer l'ennemi.
23 août au matin, le soleil est déjà au rendez-vous lorsque nous
prenons la route. À hauteur du bois d'acacias, ce qui est aujourd'hui la
zone industrielle, des soldats allemands - des Russes blancs - s'amusent
à tirer en l'air à notre passage, guère encourageant ! Nous longeons le
terrain d'aviation, la route est déserte. Nous entrons dans Monéteau. Là
! Surprise ! Stupeur même ! À la hauteur du restaurant Le Pêcheur une
voiture est à l'arrêt. Ce n'est pas une voiture allemande, c'est une
Celtaquatre Renault barbouillée en camouflage : un drapeau français
flotte à l'une de ses portières et, sur les ailes sont peintes de
grandes lettres : F. F. I.
C'est alors que je vois sur le trottoir les corps allongés de gradés
allemands. J'avance, malgré tout... «Il y a un Allemand à vélo, prêt à
nous dépasser », me dit Marcel.
Des F. F. I. font des gestes pour l'arrêter, mais il ne se rend pas
et veut revenir sur Auxerre. Un résistant, apparemment un Indochinois,
tire sur lui avec un fusil mitrailleur. Le soldat bascule par-dessus le
guidon. J'assiste, pour la première fois, à la mort d'un homme... Je ne
sais si je dois continuer, devinant que Monéteau est libéré : dix
kilomètres nous séparent d'Auxerre que s'estil passé ? ? Je pense à ma
famille et puis, j'explique aux hommes armés pourquoi je me trouve là.
« Eh bien ! ne continue pas ton transport de blé. Ton tracteur va
nous être utile, me dit un homme casqué, pour tirer des véhicules qui
n'ont pas roulé depuis un certain temps. »
Je vais ranger la remorque.
Monsieur TREVOUX retournant à Auxerre, je lui demande de prévenir ma
femme que je reste avec les « Résistants ».
« Expliquez-lui, merci... »
Quand je suis revenu vers les Résistants, Marcel et les trois garçons
avaient disparu.
Un câble ayant été trouvé, nous avons commencé à mettre des véhicules
en route.
« Dis donc ! mon tracteur ne marche pas à l'eau m'écriais-je,
redoutant la panne sèche.
- Tu connais le dépôt ESSO, me dit l'un des chefs, tu entres et tu te
sers ! »
Ce qui fut dit,_ fut fait... Mais, à peine avais-je pris le tuyau
pour remplir mon réservoir que les balles se mettaient à siffler
partout, cinglant les grands bacs à essence... Alors je lâche tout et
cours me réfugier de l'autre côté de la haie, qui longe le chemin de
fer. Là ! Horreur ! Des Allemands sont postés et tirent... Volte-face,
comme l'éclair, je cours vers la ferme d'un client, Monsieur Rouillé.
Sous le porche, un résistant (après j'ai su son nom : GODARD) est en
train de perdre tout son sang.
« Tu as eu peur ? me dit le fermier, eh bien ! moi aussi ! tiens !
bois donc une goutte ! »
Il me tend un verre à pied et se met à verser. Une balle siffle... Je
reste figé avec le pied du verre à la main. Le sifflement continue... et
notre peur aussi.
« Cela va mal tourner, me dit le fermier, nous n'avons rien pour nous
défendre ! »
Je sors de la ferme en courant. Je bute sur MAGONIE qui me crie:
« Arrête, j'ai conservé mon fusil ! »
Un fusil pour deux... Pensez... et moi, qui n'ai jamais tenu de
fusil. Je continue ma course et vais me réfugier dans la cave de
CHAMEROY.
Le soir, le calme enfin revient : tout le monde refait surface. Nous
allons passer avec Madame CHAMEROY et Anne-Marie la nuit dans les
carrières de Grigisse.
Le matin je repars à pieds pour Auxerre, par le chemin de halage,
sans mon tracteur resté par la force des choses au dépôt ESSO.*
Tout est calme en ce matin du 24 août, la ville semble ignorer ce qui
s'est passé la veille à Monéteau... Mais, moi, j'en reste marqué ; je ne
peux plus rester devant une fenêtre, je bouche même les soupiraux de la
cave.
Ce même jour, Auxerre est libérée, les Allemands l'ont quittée comme
une traînée de poudre. La foule se presse dans le Centre Ville où a lieu
le défilé de la Résistance.
Je ressens encore l'impression pénible que me fit un gamin ployant
sous un fusil... et, au milieu de la liesse, bien compréhensible, les
hurlements des règlements de compte.
Tout à coup, des vrombissements au-dessus de la foule ! C'est un
avion allemand, bien reconnaissable aux croix noires aux angles
soulignés de blanc. Il vole très bas, cherche à atterrir, à se rendre
sans doute... Mais, la foule prise de panique vide la place en un
éclair!
La guerre semblait terminée.
Pourtant... il y avait encore à faire, encore à subir en ce... 24
Août 1944 !
Maurice DEVILLAINE
Vers la Liberté
50 ans déjà ! – Histoire vécue en
Auxerrois
Dépôt légal janvier 2002
3. « Vers
la Liberté »
Nous sommes en juin 1944, les alliés de la
France viennent de fouler le littoral normand.
L'espérance renaît dans le coeur de
chacune et chacun.
Cependant, à des kilomètres de la Côte,
notre auteur va vivre, lui aussi, des événements indépendants de sa
volonté... tiraillé entre les exigences de l'Occupant et les pressions
des Résistants.
La peur est au rendez-vous. Heureusement
sa bonne « étoile » veille.
Les historiens nous ont raconté la
deuxième guerre mondiale, la fin du 3ème Reich, mais ils ne pourront
jamais nous faire partager les heures tragiques vécues par certains
Français.
Lucienne THORAND
|