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La hotte faisait corps avec son homme, indispensable puisqu'elle contenait, les outils nécessaires aux divers travaux, et le "dîner". A l'époque, il n'était pas question de déjeuner. La "patronne" avait préparé le simple repas; hareng salé, lard ou morceau de "salé" (porc que l'on avait conservé, après la tuée du cochon, dans un grand saloir de grès, avec du sel) le quignon de pain, et le fromage séché sur la paille dans un panier d'osier, accroché au plafond de la cuisine, sec et dur d'une saveur exquise ; et, le précieux petit "baril" contenant la "piquette", ce vin léger était une honorable boisson. Le repas du soir c'était le souper, justement nommé, car très souvent, il consistait uniquement, en une soupe riche, parfumée et onctueuse.
La vigne elle aussi prenait son essor, dans un alignement parfait les sarments étaient attachés aux échalas, les ceps dépouillés des pousses inutiles, afin de donner aux raisins, plus de force pour se développer, et prendre sous le soleil d'été, cette magnifique couleur pourpre, ou blond doré. Pas besoin de montre, le vigneron avait ses repaires. A midi, l'arbuste épineux qui protégeait sa "loge" reproduisait sans bavure sa propre image. Ces cabanes de pierres sèches, appelées loges dans notre région, comme des sentinelles trapues, veillaient sur le vignoble. Par les matins frileux, afin de manger avec plus de confort le dîner, ils allumaient un feu, dans le fond était aménagé le foyer, les brindilles et les sarments, combustible idéal, donnaient chaleur et lumière. Très vite les flammes léchaient la paroi de pierres sèches, la fumée s'échappait par un trou au plafond, réservé à cet effet. Les panaches en volutes se perdaient dans le ciel laiteux. Elles abritaient, en toute saison ces braves gens. Quand l'hiver finissant engourdissait leurs doigts, quand le soleil dardait trop fort, et quand le givre par les matins d'automne, envahissait les coteaux, alors que l'on cueillait les derniers raisins. Ceci marquait aussi leur présence, et la vie.
Le cheval était leur compagnon, le monde moderne n'avait pas pénétré. Quelques travaux de labour s'effectuaient ainsi, avec la petite charrue, inventée à cet effet, tirée par un solide percheron qui obéissait aux mots toujours les mêmes, de son maître, ainsi les mauvaises herbes disparaissaient, mais entre les ceps c'est la pioche qui finissait le travail. L'automne arrivait à petits pas, et préparait sa palette de tons chauds et cuivrés ; jaune, brun, et pourpre. Soudainement tout changeait, la lumière, les senteurs ; les vendanges approchaient, la joie était dans les coeurs. Le travail d'une année allait bientôt, remplir les paniers et les hottes, de ce raisin, qui exhalait un parfum délicieux, et donnait aux enfants d’imposantes moustaches ! La nuit tombait vite en saison d'automne, et c'est au crépuscule, que les voitures tirées par des chevaux, acheminaient jusqu'à la grange, où attendaient béantes les grandes cuves de pierre, les tonneaux ventrus minutieusement fermés et cerclés, plein de ces grappes, déjà à moitié écrasées par un broyeur à main, et qu'avec les pieds, le maître des lieux foulait chaque soir, afin d'obtenir le célèbre breuvage. La fermentation terminée, le lourd pressoir, tiré par un cheval, était amené près des cuves. Les hommes à l'aide de seaux portaient le raisin au pressoir, ainsi commençait le pressurage. Le vin nouveau, coulait de la rigole, filtré à la sortie par un petit panier d'osier, et s'écoulait bouillonnant, formant mille petits yeux... prometteurs ! Dans la cour parfumée, au ciel, les premières étoiles apparaissaient, le tic-tac du pressoir à cliquet se taisait. Le vigneron contemplait d'un oeil satisfait l'accomplissement de son oeuvre, en lissant sa moustache. Sa nuit sera paisible.
L'hiver lui apportait le repos; quand un silence profond envahissait le village, hormis les jours de vent, où la bise soufflait, apportant avec elle, ses flocons de neige. Quand la lumière du jour commençait à poindre, que le coq avait lancé son premier cocorico, il réveillait les braises dans la cheminée, buvait sa gorgée de "goutte (eau de vie) indispensable à la santé !" coupait dans un grand bol une tranche de pain, souvent rassie, versait dessus le café au lait, qui avait été préparé dans la "chaudrotte" (récipient en fonte) accrochée à la crémaillère dans la cheminée. Il chaussait ses sabots, boutonnait sa vareuse, et gagnait la douce atmosphère de sa cave, où s’effectuaient maintenant ses activités.
Et c'est en homme heureux, qu'il pensait, avec fierté à ses vignes, à son travail qui reviendrait et marquerait à nouveau chaque mois de l'année.
Le profit, mais peut être pas le bonheur... Avant, ces hommes dont je viens de vous raconter l'histoire, ont laissé trace de leur ouvrage. Trop nombreux rendant pénible les coups de pioches ils avaient ramassé un par un les cailloux et les avaient transportés dans leur hotte, ce qui forme aujourd'hui d'importants "tumulus" appelés "mergers" dans notre région. Les hommes au 21e siècle, avec une pelleteuse, à grand bruit de moteur, chargent des camions pour divers travaux d'urbanisation, en particulier, des autoroutes qui conduisent plus vite au pays du soleil, mais bien souvent, hélas, le soleil n'est qu'un tragique mirage... Eh oui ! rentabilité, argent, démesure, mais dans tout cela, où est le bonheur ? Ces vignerons, d'un autre temps, menaient une vie saine simple, heureux je crois, sans tentation et sans excès... Un peu trop simple peut-être...
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