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L’Yonne dans la Guerre 1939 - 1945 L’Yonne dans la Guerre 1939-1945 - Vie quotidienne sous l’occupation
LA LIBERATION
Un état des lieux daté du 15juillet
donne 700 hommes en armes dans la Forêt au Duc, 700 également dans les environs
de Toucy, 260 dans l’Auxerrois, 250 près de St Sauveur, 200 en forêt d’Hervaux,
180 près de Dixmont, d’autres aux alentours de Joigny, Aillant, Etais, etc. Cela
dit, le débarquement allié n’entraîne pas immédiatement un effondrement des
forces allemandes. Celles-ci, soucieuses de protéger leurs arrières, attaquent
durement les maquisards. Dans le département, le maquis “Carnier” (groupe
Verneuil) est attaqué près de Massangis, à l’est, d’autres le sont au sud. Le 18
juin, c’est le maquis Aillot qui est attaqué près de Lézinnes. Le 22, Arces est investi par les Allemands, qui trouvent des armes dans le clocher. L’abbé Humeau et 6 autres personnes sont arrêtées. Le 23 une nouvelle attaque allemande a lieu près de Chailley contre le maquis Horteur, formé de 25 à 30 hommes. Le 3 juillet, c’est à nouveau contre les maquis du sud que se lancent les Allemands, dans la région de Druges et de Courson (forêt de Fretoy et de Bois Blanc). En août de violents affrontements ont lieu entre maquisards et troupes allemandes en retraite. Citons les combats de Châtel-Gérard, de Chalaux, d’Avallon, de Pontaubert et du tunnel de St Moré.
Cette période insurrectionnelle qui va
déboucher sur la libération du département est également celle de bombardements
qui vont faire de nombreuses victimes civiles. Tonnerre, où il n’y a pourtant
aucun objectif militaire est touché le 25 juin. Ce jour-là, dans l’église
Notre-Dame, se déroule la retraite de préparation à la communion solennelle. Une
bombe de 250 kg atteint le chœur et fait 7 morts parmi les enfants.
Docteur Tant Mieux, l’auteur de l’Histoire du diocèse de l’Yonne a ce
commentaire: “La Vierge avait protégé le pasteur et les trois quarts des enfants
qui devaient normalement être réduits en bouillie”. Le même
jour, Mailly-la-ville est touchée, et Auxerre le sera encore le 17 juillet. Mais
les bombardements les plus violents et les plus nombreux visent la gare de
triage de Migennes, attaquée le 25, le 27 et le 30 juin puis le 13 et le
31juillet - et encore en août. Près de la moitié de la ville est détruite!
Comme il ne pouvait honnêtement leur promettre une immobilisation supérieure à dix jours, les Alliés décidèrent donc un bombardement aérien. Pourtant rien ne permet de justifier le choix d’une si haute altitude poux l’effectuer - qui plus est selon un axe perpendiculaire à la voie ! Le 14 juillet, tout au nord du département, à Champigny/Yonne, le bombardement d’un train militaire aboutit à un carnage. C’est 40 morts qu’on retrouvera dans les débris d’un train de voyageurs qui arrivait en gare, en même temps que le train militaire visé par les avions. En juillet 1944, l’intégration des F.T.P.F. aux F.F.I. s’opère grâce aux efforts de Marcel Choupot (le commandant Chollet, du Service National Maquis, dont l’état-major a été constitué le 31 mai - et qui sera fusillé le 21 août à Savigny sur Clairis), René Millereau et Charles Guy - respectivement délégués F.T.P.F. et F.N. auprès de l’état-major F.F.I. Les uns et les autres parviennent à surmonter les préventions des F.T.P. à l’égard des “attentistes”, et celles des autres réseaux et mouvements à l’égard de la direction communiste des F.T.P. Le 16 août, Aillant/Tholon est le premier chef-lieu de canton libéré. Le 19, c’est Avallon. Avallon a été curieusement et tragiquement libéré en deux fois: dans la nuit du 18 et 19 août, les Allemands cantonnés à Avallon sont partis vers Montbard, sans prévenir qui que ce soit. Mais le 24 après-midi, des unités allemandes battant en retraite depuis Ciamecy réoccupent la ville quelques heures et fusillent dans la soirée sept gendarmes au bord de la route qui mène d’Avallon à Pontaubert avant de repartir en direction de Montbard. Le 2 I, c’est au tour de Toucy d’être libéré. Au nord du département, arrivent pendant ce temps, les chars d’une branche de l’armée Patton. Ils viennent de Montargis et se dirigent vers Troyes via Villeneuve l’Archevêque. Ils libèrent Pont sur Yonne puis, vers 15 heures, arrivent dans Sens. Après de brefs mais violents combats aux alentours du collège les FFI/FTP, et les troupes américaines s’assurent du contrôle de la ville. Les résistants n’ont plus alors qu’à “nettoyer la région d’éléments qui dans leur grande majorité ne demandent qu’à se rendre. Le 22, Coulanges est libéré, le 23 Brienon et St Florentin, Joigny, et Migennes, le 24 Auxerre. L’Auxerrois est en effet libéré sans combat: comme à Avallon, les Allemands se sont éclipsés pendant la nuit. Sadoul (“Chevrier”) un avocat parisien, pourtant peu actif dans le département les mois précédents, s’est arrangé pour entrer dans la ville avec les unités du maquis de Merry-Vaux parmi les premiers. L’accueil des F.F.I. de la part de la population est évidemment enthousiaste : les gens dans l’ensemble ignore les luttes sourdes que se mènent les différents courants et les diverses personnalités de la Résistance. Un résistant authentique, le communiste Robert Loffroy, jette sur le spectacle de la libération d’Auxerre un regard plutôt amer : “J’étais suffoqué de voir tant de militaires galonnés et décorés dans les déifiés. D’où sortaient-ils ?... Mais ce qui me révolte le plus, c’est de voir les flics responsables de l’arrestation de nos camarades ainsi que les “collabos” du coin, parader avec une large cocarde tricolore à la boutonnière. Il faut se taire pour ne pas troubler l’éclat d’un si beau jour” (*)
Le 26, c’est la libération de
Tonnerre. Laquelle donne lieu à quelques “bavures”: des F.T.P. de Méliki y
exécutent sommairement deux soldats allemands et cinq membres de l’organisation
Todt qui s’étaient pourtant rendus. Les troupes américaines marquent leur
désaccord tout comme le fera le lendemain le commandant Verneuil. Cela n’empêche
pas la populace d’aller exécuter une danse macabre autour des corps. En riposte,
l’armée allemande tire sur la ville, Il s’en faudra d’ailleurs de peu pour que
l’Afrikakorps en retraite ne venge ces morts inutiles plus gravement: deux cents
personnes sont parquées dans une carrière voisine et l’on craint le pire pour
elles. On les laissera finalement partir, un otage étant quand même fusillé un
peu plus tard. Des maisons sont également incendiées, mais le sinistre sera
circonscrit. La lutte pour la préfecture a été également chaude. Le “commandant Chevrier”, réfugié à Vililers St Benoit chez Bernard Moreau, parvient à l’évincer de la des maquis qu’il contrôle, puis propose son candidat à la préfecture, M. de la Bruchollerie, qui doit cependant s’effacer le 18 août 1944 devant Paul Gibaud, régulièrement désigné par le C.N,R. Le 8 mai 1945, la guerre est officiellement finie, mais le bilan est lourd. Selon Delasselle, il faut compter au total: I 219 arrestations, 181 fusillés, 905 internements supérieurs à 15 jours, 541 déportés dont 251 ne sont pas revenus. Les chiffres concernant les juifs sont, eux, terribles: les neuf-dixièmes d’entre eux sont morts en déportation. Comment pardonner de telles horreurs? Aux élections municipales de Sens, le 29 avril 1945, le passé d’un certain nombre d’individus est rappelé non sans humour. Mais des femmes sont aussi promenées dans Les rues pour « collaboration horizontale ». Selon un rapport du procureur de la République. “Dès la libération, environ 2 000 personnes ont été arrêtées spontanément par la foule... Dès que l’autorité préfectorale a pu s’exercer sur l’ensemble du département, des commissions de triage ont été instituées et ont fonctionné. A Auxerre, 110 personnes ont été libérées et leur arrestation a été transformée en assignation à résidence”. Il faut d’ailleurs noter qu’en mars/avril 1945, les tribunaux jugent et condamnent surtout des femmes. D’autres personnes doivent être mises sous protection, à la caserne Gouré d’Auxerre, pour éviter les vengeances. Une étude de MM. Hohl et Drogland. réalisée en 1982 fait le point sur l’épuration dans l’Yonne. Elle permet de constater qu’avant le 6 juin 1944, 30 exécutions sommaires du fait de la Résistance ont été dénombrées dans le département (soit 1,15 0/000 de la population). Pendant la période insurrectionnelle (juin/août 1944) ce taux s’accroît. Les Résistants doivent compter sur l’appui de la population, mais aussi assurer leur sécurité. Comme l’écrit Marcet Baudot, “il est très difficile de déterminer avec exactitude le bien ou le mal fondé de ces exécutions, dont certaines ont été perpétrées par des bandes de malfaiteurs se couvrant du brassard de la Résistance”. Il évalue même qu’il y a eu aux alentours de 40 % d’improvisations et de motivations discutables. Ce qui, avouons-le, est énorme. Sur 28 départements, l’Yonne arrive au 6° rang des exécutions, lesquelles se montent au total à 86, soit 2,49 pour 10000 habitants (8° rang sur 28). Après la Libération, 12 exécutions sommaires ont encore lieu. Fin 1944, le nombre des internés administratifs est de 551. L’Yonne est au 9’ rang sur 28 et au 40 rang par rapport à la population globale (20,79 0/000) Les cours de justice - dont les juges sont tirés au sort parmi des résistants désignés par les C.D.L. - les comités départementaux de Libération - sont constituées en novembre 1944. Celle de l’Yonne prononce 4 condamnations à mort (dont 3 suivies d’exécution) et 12 condamnations aux travaux forcés.
Les Chambres civiques sont, elles,
appelées à juger les délits de moindre gravité: adhésion à des organismes de
collaboration, attitude hostile à la Résistance, etc... Elles prononcent 381
dégradations civiques dans l’Yonne. Avec un taux particulièrement élevé de 14
0/000, l’Yonne est au 2’ rang sur 28, derrière l’Allier. Les copains morts, l’apprentissage de la laideur morale (en 1947 Roger Bardet, un des responsables de “Jean Marie” sera jugé en condamné : il était un agent double au service de l’Abwehr) l’apprentissage des horreurs de la guerre (eh oui - même le combat des Résistants a conduit parfois à des pratiques peu avouables comme la torture) - tout cela pèse lourd. Mais malgré tout, les authentiques Résistants se souviennent de la fraternité qui les animait et souhaitent transmettre aux générations actuelles leur connaissance et leur haine du nazisme. (*)Cité par Robert Bailly. Cela dit, les “flics” ont aussi rejoint la résistance (dans le secteur Toucy-Villiers St Benoit, comme dans l’Avallonais. Sous le pseudo de “Meliki”, un des chefs FTP de l’Yonne, se cache un ancien gendarme, etc. (**)Après l’arrestation de Vauthiers, c’est Fovet qui assume la présidence du C.D.L. de l’Yonne.
Pierre RIGOULOT - L’Yonne dans la Guerre 1939-1945 - Vie quotidienne sous l’occupation - La libération - Edition SCRIPTA - Avril 2005
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