Reproduction d'une illustration tirée de
l'Almanach Historique et Statistique de l'Yonne
- édition de l'année 1860 –
Nous avons
déjà eu occasion de signaler à nos lecteurs la magnificence avec laquelle la
ville d'Auxerre malgré la pénurie constante de ses finances, recevait sesprinces et ses rois, lorsqu'ils lui faisaient l'honneur de la visiter
(2). Nous avons mis sous leurs yeux un échantillon des programmes enfantés,
dans ces circonstances solennelles, par ses magistrats. Nous leur avons montré
la milice bourgeoise faisant escorte au corps municipal jusqu'au bout du pavé
Saint-Siméon, où d'ordinaire le maire débitait sa harangue et présentait les
clefs de la ville ornées d'une ou de plusieurs écharpes aux miroitantes
couleurs ; nous leur avons fait suivre, au bruit du canon et des
harquebusades, le cortège parcourant les principales rues de la ville,
lesquelles étaient tendues de riches tapisseries et jonchées de feuillages et
de fleurs ; nous les avons conduits sous ces arcs de triomphe chargés de
devises et d'emblèmes, sous ces portiques ornés de lyaires et de clainquant;
nous leur avons montré ces théâtres sur lesquels on représentait des mystères,
ces eschaffaulx où l'on chantait des vers à la louange des augustes
visiteurs, avec accompagnement de carnets à bouquin, d'espinettes et de lutz,
ces nombreuses effigies royales appenduez aux portes de la ville et à
celles des principaux monuments ces inévitables fontaines de vin, dont la
principale décorait le perron de l’hostel commung, et enfin ces
magnifiques feux de joye d'artiffice, qui, de temps en temps, par suite
de ridicules questions de préséance, terminaient la fête d'une façon plus ou
moins burlesque.
Mais, à
ce programme officiel, la justice du lieu ajoutait parfois ses articles, et
couronnait ces grandes solennités par le spectacle de la torture et de l’exécution
d’un ou de plusieurs criminels. Ces sanglantes représentations attirées
alors d’autant plus la foule que les princes et les seigneurs et dames de la
cour ne craignaient pas de les encourager par leur présence.
Si la ville d'Auxerre, ainsi que nous venons de le rappeler,
faisait royalement les choses, on va voir que la cité sénonaise pouvait
marcher son égale.
Au mois d'avril 1537, le maire de Sens fut prévenu que le roi François
ler devait aller passer quelques jours à l'abbaye de Vauluisant (3) et qu'il
viendrait ensuite visiter Sens.
Le maire réunit immédiatement les habitants, en une assemblée généra1e,
afin de s'entendre sur l’ordre qu'on tiendrait et sur les présents à faire
à S. M. Il fut convenu, d'un commun accord, qu’on irait au-devant d'elle avec
toute la magnificence possible, qu'on lui ferait un présent (4), et que, pour
être plus pleinement informés de sa venue, des députés se rendraient dans la
dite abbaye.
Aussitôt que le jour fut
connu, on se hâta de faire réparer la ville, de mettre en état les rues et
les chemins par lesquels le roi devait passer; on commanda un grand nombre de
charpentiers, menuisiers, tourneurs, peintres et autres gens de métiers pour
construire un arc de triomphe, des théâtres, des eschaffaults, et un portail
à la porte Notre-Dame (5).
Le dimanche, 27 avril 1537,
le roi ayant couché au château de Fleurigny (6), et devant arriver, le
lendemain, à Sens, les officiers municipaux et les habitants furent à sa
rencontre dans l'ordre. ci-après :
1. Sortirent tous les ecclésiastiques tant de la ville
que des faubourgs, accompagnés des Cordeliers, Jacobins, célestins, les
religieux de Saint-Remy, de Sainte-Colombe, de Saint-Paul, de Saint-Jean, de
Saint Pierre-le-Vif, tous revestusde
chappes et portant les saintes reliques.
2. Les
archers et les arbalestriers vestus de livrées riches avec leurs enseignes.
3. Le doyen du guet à pied et les sergents vestus de livrées
riches avec leurs enseignes.
4. Cinq
cents jeunes gens, richement vestus, tous arquebusiers avec leur capitaine, leur
porte-enseigne et quantité de tambours et fifres.
5. Les sergents à pied et à cheval du baillage vestus, de livrées
avec leur porte-enseigne.
6. Les métiers de la ville au nombre de mille hommes de pied
honnestement vestus avec des livrées découpées et leur porte-enseigne.
7. M. le
Bailly de Sens et capitaine, monté sur une mule richement harnachée portant
une robe courte de velours fin,accompagné
d’un grand nombre de gentilshommes bien montés et richement vestus.
8. MM. Les
lieutenant-général et particulier, avocats et procureur du Roy , quatre
conseillers du baillage, le greffier et enquesteur du même baillage, les
avocats et procureurs en grand nombre, les douze notaires royaux, ,tous en robes
longues, montés sur des mulestroussées.
9. Les
trois eslus pour le Roy en l'élection de Sens, le greffier et le contrôleur du
grenier à sel, les receveurs des tailles et des aides avec leurs sergents montés
comme dessus.
Les maires
et eschevins, procureur, receveur, conseillers et officiers tous vestus de robes
doublées de velours, accompagnés, des habitants les plus notables et des plus
anciens bourgeois tous à cheval et en bon ordre. »
Aussitôt
qu’ils aperçurent le Roi dans le chemin de Fleurigny, ils s’approchèrent
de son carrosse et présentèrent à S.M. un coffre revestu de velours cramoisi,
garni de bandes d'argent doré, qui contenait les clés de la ville. » Le Roi
le prit et le remit aux gens de sa suite. Puis le maire fit sa harangue, après
quoi S. M. remercia les habitants et passa avec tout son train.
A peu de distance de la ville, l'attendait un spectacle assez
divertissant. Cent hommes armés de pied en cap, et montés sur de grosroussins rompirent lances contre lances en son honneur. Le
Roy prit plaisir à les voir.
Un peu plus loin, il rencontra un bataillon d'élite, en
contenance fière comme s'il eut eu a assaillir ou a défendre contre un autre
bataillon, et qui salua S- M. en inclinant ses enseignés vers elle. Puis les
arquebusiers firent une salve qui réjouit le Roi qui eut toujours l'oeil sur
cette troupe qui paraissoit beaucoup.
A la porte Notre-Dame, on avait construit un arc de triomphe à
l’antique, couvert des armoiries de France. Au moment où le Roi approchait de
cette porte, 40 ou 50 pièces de canon (7), placées sur la douve du fossé,
firent feu en même temps.Lorsqu’il
fut sous ladite porte, quatre échevins lui présentèrent un dais parsemé de
fleurs de lys d'or ayant à chaque pente unécusson de France, tout
frangé d'or.
Le Roi se mit dessous et fut conduit par les rues tendues de
tapisseries. De distance en distance étaient dressés des théâtres et des
eschaffaults sur lesquels il y avoit plusieurs mystères (8) et figures à la
louange du Roy, de la reine et des enfants de France. Arrivé à la cathédrale,
il fut reçu par M. de Salazard, grand archidiacre, abbé de Sainte-Colombe et
de Saint-Rémy-les-Sens, qui le harangua et lui présenta le livre des saints
Evangiles, sur lequel le roi mit la main, promit et jura de garder, entretenir
et observer les immunités et franchises de la dite église, octroyées par les
rois, ses prédécesseurs. Il monta ensuite au chœur où il fit sa prière et
vit de très beaux reliquaires.
Puis il se retira dans la maison qu'on lui avait fait préparerdans la grande rue, d'où il regarda par la fenêtre le bataillon qui
ressemblait plutôt à un régiment de soldats que de bourgeois. Le lendemain au
moment où il allait ouyr la messe, accompagné de M.le connétable de Guise,
des cardinaux de Lorraine, de Tournon, de Givry, de Mascon, les officiers
municipaux lui firent présent d'une fontaine de vermeil « bien travaillée
autour de laquelle estoient les gestes de Jules César estant dans les Gaules
Senonnoises et les. résistances qui lui furent faites par les habitants de
Sens. Le haut de cette fontaine était environné de sept vertus cardinales, par
la « bouche desquelles l'eaude la fontaine distilloit et tomboit en un riche et somptueux
bassin de cristal enrichi d'antiquités et d'émail et en lui faisant ce présent,
Guillaume Lhuiller, prévôt et maire le harangua une seconde fois, dont il
parut satisfait et remercia. »
Dans l'après-midi, du même jour, il fut donné à Mgr le Dauphin et aux
seigneurs et dames de la suite, de jouir d'un sanglant spectacle, qui, à cette
époque, semblait, être le complément indispensable des grandes solennités.
Nous en empruntons. le récit à notre chroniqueur.
«Ledit jour, fut amené des prisons criminelles au palais archiépiscopal
un nommé Guillaume Arezan, suisse, qui, autrefois, avait eu des charges du roi
ès-guerres de France, et avait été capitaine. On lui fit la lecture de son
procès fait par le Prévost Larouste estant dans la chaire de l'officialité,
en présence de MM. les lieutenant-général et particulier, les avocats et
procureur du Roy, tant du baillage que, de la cour ecclésiastique et des autres
notables dudit Sens. Ensuite ledit Larouste prononça la sentence qui le
condamna à avoir la tête tranchée sur un eschaffault devant l'église
St-Etienne, et avant ce faire à avoir la question pour répondre sur aucun cas
dont il n'avait voulu rien dire. Ce qui fut fait, ne déclara rien et fut décapité
en présence de Mgr le dauphin, M. le duc d'Orléans et plusieurs gentilshommes
et dames de la cour. Le Roi partit après et fut coucher à Villeneuve-le-Roi,
de là à ChâtiIlon-sur-Loing où, après avoir séjourné quelque temps, il
retourna à Fontainebleau. »
François ler vint à Auxerre, en 1541. Les archives ne nous ont transmis
aucun détail sur la réception qui lui fut faite. Vingt ans auparavant, en 1521
la ville d'Avallon avait eu l'honneur de le recevoir. Si de son passage en cette
ville nous n'avons pu recueillir que le document ci-après nos lecteurs
conviendront qu'il méritait bien d'être reproduit :
Jour de Pasques, 1521.
Lettre adressée à M. le lieutenant d’Avallon pour l’informer
du prochain passage du Roi par cette ville, afin qu'on se prépare à le
recevoir dignement.
Monsieur le lieutenant, je me recommande à vous Monseigneur
nostre maistre me chargea yer à Corcelles et pour seconde fois à Semeur de
vous advertir et aussi Messieurs de la ville d'Avalon des novelles qui receust
vendredi par la poste à Viteaulx à son retour de Dijon comme le Roy estoit à
Sancerre et partoit demain tyrant droit à Vézelay, afin que vous disposisiez
de le recepvoir au plus grand honneur que possible sera et que à chacun
quarrefour ayes les petits enffans cryant haultement vive le Roy Françoys !
et davantage que incontinent vous fissiez partir ung poste si ja ne l’avés
fait pour aller au devant jusques à Cône pour estre plus certoriés de son
chemin et à toute diligence que envoàés en ceste ville pour l'en advertir à
Dijon où il va demain et aussy madame. Et que sur ce ne faillés et vous assure
qu'il a trouvé bon la fantaisie du don de ceste ville combien que de prime face
estoit d'avis de donner deux cents moutons et les fère présenter par six bergères
et un berger tel que feu Jehannisset en fit le présent à madame la Gouvernante ;
mes à la fin pour moins de frais a trouvé la bague d'or avec le rondeau qui
l'environne de plus grasse estime après la chièvre de Saulieu en un plat d
argent. Et surtout il vous recommande l'entrée de son baillage et fault que
vous et moy ayons la robe de velors cramoisy, ou satin du moings d'une bonne écarlate
et les eschevins de mesme, et pour ce en tout faites diligence affin que
l'Auxois ayt le bruyt et me rendes bien fort à Monseigneur le Procureur du Roy
et à ma commère vostre femme ce que fait la mienne qui est résuscitée du
danger où elle fust lundi de son catarre, là grace à Dieu auquel je prie de
vous donner bonne vie et longue.
Escript à trois heures du
matin, ce jour de Pasques 1521.
Votre compère et amy,
Signé GUY GASSARD.
J'escript par ordonnance de Monseigneur à Messieurs d'Avalon
l'effet de ce que dessus vous leur donnerez les lettres et ferés contanter ce
porteur.
Au dos est écrit : Monsieur le lieutenant d’Avallon Charle
Barbette mon cher seigneur et compère.
AD. L……
Renvois :
(1)
Ces documents sont tirés d’un manuscrit appartenant à M. Quantin ,
archiviste du département, et auquel nous avons déjà fait quelques emprunts.
Il est composé d’extraits de divers écrivains sénonais : B. Taveau,
Gressier, Nonat, Prunat, Pinsonnat, C. Bouvier et Dutour.
(2) Almanch d'Auxerre de 1858. Arrivée et réception
à Auxerre des ducs de Bourgogne et de Berry.
(3)
L'abbaye de Vauluisant, ordre de Citeaux, fille de Prully, avait été fondée,
en 1127, par Artalde, premier abbé de Prully. Grâce aux libéralités de Louis
VII et de Thibault-le-Grand , comte de Champagne, les religieux avaient pu élever
leur cloître, vers 1129, et leur magnifique église avait été consacrée
solennellement en 1144. Cette église est aujourd’hui entièrement détruite,
ainsi que le cloître, le palais abbatial et la bibliothèque. Les bâtiments
secondaires existent seuls et sont affectés à une exploitation rurale.
Un
accident signala le passage de François 1er à Vauluisant . Voici ce que nous
extrayons à ce sujet d'un recueil de déclarations des biens et droits de cette
abbaye, 1505-1628. (Archives de la préfecture).
«
Item ledit abbé a faict dédier de rechef l'église de cette maison, d'autant
que de son temps elle fut polluée d'un meurtre qui se commit en cette façon.
Le roy François ler arrivant en cette maison, on le reçut processionnellement,
selon la coustume et les statuts de l'Ordre; or plusieurs de ses gardes admirant
les orgues qui estoient pour lors récentement faictes et qui sonnoient mesme
avec une grande harmonie à la réception du roy, yceux, non contents d'entendre
cette harmonie d'en bas, sur le pavé de l'église, voulurent monter au jubé
desdites orgues et se poussant à la foulle sur l'escalier, il y en eust un d'entr'eux
qui eust le costé percé du fer d'une lance ou pertuisant, qui fut la cause que
l'on dédia de rechef la dicte église à la sollicitation du dict abbé. »
(4)
Ces présents obligatoires, qui étaient toujours une lourde charge pour le
budget municipal, consistaient le plus souvent, à Auxerre, en vin, hypocras,
gibier, poisson, confitures, truffes, etc. Mais les Sénonais comptaient sans
doute parmi eux quelque Benvenuto Cellini, car leurs présents étaient généralement
composés de pièces d'argenterie.
Taveau
nous apprend, en effet, que lorsque l’archevèque jean de Montaigu fit son
entrée solennelle à Sens, le 24 novembre 1414, on lui fit présent, au nom de
la ville, de vaisselle d'argent pesant seize marcs et de dix muids d'avoine.
A
l'entrée de Charles IX, le 14 mars 1463, la municipalité sénonaise lui lit présent
d'un vase en vermeil pesant douze marcs, et offrit à M. d'Aumale une coupe du
poids de quatre marcs et trois onces,
Les présents
faits à François ler furent de même nature, ainsi qu’on le verra bientôt.
Mais, à
une époque plus rapprochée de nous, on paraît être entré dans les habitudes
auxerroises. C'est ainsi que, le 12 octobre 1724, lorsque le roi de Pologne
Stanislas arriva à Sens avec la reine son épouse et Madame Royale, on leur
offrit: au roi, cinquante bouteilles « de vin de Bourgogne, trois grands
brochets, quatre perches, un faisan, six perdrix grises, trois rouges et quatre
bécasses, - à la reine et à Madame Royale, à chacune, une magnifique
corbeille remplié de toutes sortes de confitures sèches et de massepains, et
ornée de fleurs et d'oranges.
Puisque
nous avons sous les yeux la prose municipale dont ces présents furent accompagnés,
nous ne pouvons résister an désir de la reproduire. Les trois discours prononcés
à cette occasion, dit notre manuscrit, ne furent, que « des impromptus
d'une vivacité des plus brillante et des plus étonnante; car dans le moment
qu'il (le sieur Benoist de Villemoy, président en l'élection et maire de la
ville, ) se préparait à parler, un seigneur de la cour et M. l’Intendant luy
dirent que leurs Majestés avoient besoin de repos et qu'il faloit qu’il abbrégeast,
ce qui fut exécuté en ces termes laconiques et des plus pathétiques. »
AU ROI.
« Sire, nous venons présenter
à Votre Majesté nos très humbles respects : Elle a fait la gloire de la
Pologne et Elle va faire la félicité de la France.»
A LA REINE.
« Madame, nous venons présenter
nos très humbles respects à la plus vertueuse de toutes les reines et à la
plus heureuse de toutes les mères.
A
MADAME ROYALE.
« Madame, vous voyez vostre
postérité couronnée. Si vostre profonde humilité ne vous en cachoit la véritable
cause, vous reconnoistreriés avec tout l'univers que l'odeur de vos vertus à
monté jusqu'au throsne du tout puissant, et est a fait descendre les sceptres
et les couronnes. »
(5)
La porte Notre-Dame doit son nom à un ancien prieuré que l'on appelait
Notre-Dame-du-Charnier dont il ne reste plus de vestiges et qui étaitbâti presque vis-à-vis, à l’entrée du faubourg Saint-Savinien. Près
de l'église était un vaste cimetière, où l'on enterrait une grande partie
des habitants de la ville. Deux autres charniers existaient encore, l’un au
faubourg Saint-Antoine, l'autre au faubourg Saint-Didier. La porte Notre-Dame était
un énorme pavillon carré, flanqué de quatre petites marelles de pierres de
taille, comme tout le corps du bâtiment, lequel, ainsi que les tourelles était
surmonté d'un toit aigu. En avant du mur et du côté extérieur on remarquait
un rang de beaux mâchicoulis et trois longues niches très délicatement sculptées.
Cette porte dont on doit regretter la destruction et dont nous donnons le
dessin, a été démolie vers 1832.
(6)
Le château de Fleurigny est situé dans un vallon arrosé par la petite rivière de
l'Oreuse. Au moyen-age, Il existait à l'endroit où a été bâti le château
actuel, une forteresse dépendant de la ville de Sens. Charles VII en ordonna la
destruction, pour éviter qu'elle ne retombât au pouvoir des Anglais. Au XVIè
siècle, ce château fut reconstruit tel à peu près qu'on le voit aujourd'hui.
Dans l'intérieur, on remarque une chapelle décorée d'une belle verrière
attribuée à Jean Cousin.
Nous joignons à notre notice
une vue du château actuel.
(7)
On ne sait s'il a eu dans cette ville un arsenal distingué de l'hôtel de
ville; mais c'est un fait qu'elle est une des plus antiennes du royaume qui ayt
esté munye d’artyllerie et d’une grande quantité.
Il résulte des comptes de maître Adam Clément, qui
commencent au mois d'octobre 1409, que Guillaume Pasquiet, canonnier, fondit
pour la ville de Sens une bombarde et 26 canons. Depuis, il en fut fondu une
plus grande quantité. - En 1462, il y eut ordre d'affûter quatre-vingts pièces
d'artyllerie tant grosses que menues appartenant à la ville de Sens. (
Manuscrit de M. Quantin).
(8) Ces représentations étaient fort en vogue à
cette époque; c'était une gloire et un honneur d'y figurer. Les acteurs étaient
choisis et les rôles distribués par le maire et les échevins de la ville, qui
après avoir fait prêter serment à chacun d'eux, faisaient publier à son de
trompe « que nul ne fust si osé ni si hardy de faire oeuvre mécanique en la
ville l'espace des jours en suivant , esquels on devoit jouer le mystère. »
Quand la représentation exigeait un nombre trop considérable d'acteurs, on les
convoquait à son de trompe et à cri public, et ceux qui se sentaient du goût
pour jouer se présentaient devant les commissaires nommés pour juger de leur
capacité. On en voit un exemple dans la proclamation faite à Paris pour la
représentation du Mystère des Actes des Apôtres, par « le commandement du
roy, nostre sire, François ler de ce nom, et de monseigneur le prévost, afin
de venir prendre les rôles pour jouer ledit mystère le jour de saint Etienne,
à l'hôtel de Flandre. »
Cette
charge n'était point un jeu, quelque distingués qu'ils fussent dans la
bourgeoisie et même dans la noblesse, les acteurs s'engageaient par corps et
sur leurs biens, disent nos chroniqueurs, « à parfaire l'emprise ;
ils étoient tenus de faire serment et euls obligier par devant hommes de fiefs
et notaires, de jouer ès jours ordonnez, et de comparoistre les jours de représentation,
à sept heures du matin, de recorder, sur peine de six patars. » (Dictionnaire
de la Conversation et de la Lecture).
Lorsque le cardinal Louis de
Bourbon, archevêque de Sens, fit son entrée dans cette ville, en 1534, le
programme des fêtes qui eurent lieu à cette occasion comprenait la représentation
d'un mystère. « A Ia porte Notre-Dame, dit Taveau, on avoit fait dresser des
arcs de triomphe ornés de plusieurs devises et un théâtre, sur lequel fut
représenté un mystère dans un parc, nommé le parc de Sens, où il y avoit
une fleur de lys de laquelle sortoit un personnage habillé en cardinal, représentant
ledit seigneur de Bourbon, et au dessus du même théâtre estoit la figure de
Dieu le Père avec des instruments qu'il faisoit bon ouyr. Dieu parloit, saint
Savinien, saint Loup et l’égilse.» (Manusc. de M. Quantin).
Almanach Historique et Statistique de l'Yonne
- édition de l'année 1860 –